quarta-feira, março 03, 2010

570) Le Brésil à deux moments de la globalisation capitaliste (1909-2009)

Le Brésil à deux moments de la globalisation capitaliste et à un siècle de distance (1909-2009)
Brazil at two junctures of capitalist globalization and at a century-long time-span (1909-2009)


Travail présenté par:
Paulo Roberto de Almeida, diplomate de carrière.
Docteur ès Sciences Sociales de l’Université de Bruxelles (1984) ;
Master en Planning Économique de l’Université d’Anvers (1976) ;
Ministère des Affaires Étrangères et Centre Universitaire de Brasília (Uniceub) ;

Colloque international:
Les inégalités dans le système mondial: Science politique, philosophie, droit
São Paulo, 3-6 Septembre 2009

Sommaire :
1. Introduction: le Brésil et le système international à deux moments de l’histoire
2. Le Brésil en 1909: une société agraire arriérée avec une vocation industrielle
3. Le Brésil en 2009: une industrie développée, avec une base sociale arriérée
4. Le Brésil comparé à lui-même : un bilan qualitatif selon des critères objectifs
5. Conclusion: surmonter la fracture idéologique du développement

Résumé: Analyse conceptuelle du développement brésilien à deux moments de son histoire, 1909 et 2009, avec des considérations de nature économique et sociologique sur les raisons de son succès industriel et de son échec à réduire les inégalités sociales qui sont encore très visibles dans le paysage humain. La mauvaise qualité de l’éducation joue un rôle important dans cette évolution, mais l’instabilité macroéconomique, les défaillances au niveau institutionnel et le peu d’ouverture aux échanges internationaux sont aussi responsables du maintien des inégalités, dont les causes sont essentiellement domestiques.
Abstract: Conceptual analysis of the Brazilian development at two junctures of its history, 1909 and 2009, with an economic and sociological evaluation over its advancements in industrial capability and its failures in the reduction of social inequality, still visible at naked eye. Poor education is surely to blame for this failed evolution, but macroeconomic instability, bad governance and lack of opening to trade and foreign investments are also responsible for the enduring inequalities, all to be linked to domestic policies, not foreign induced problems.


1. Introduction: le Brésil et le système international à deux moments de l’histoire
L’ordre politique international et le système économique mondial ont connu des grandes transformations au long des derniers siècles. Il suffit, par exemple, de penser au cas de la Chine, qui était encore la première économie mondiale au début du XIXème siècle, avec près d’un tiers du PIB global : selon l’historien économique Angus Maddison (2001a), la Chine exhibait, en 1820, un produit national de 228 milliards de dollars (de 1990), en face d’un PIB global de 694 milliards, soit 32,9% du total. Diminuée par ses propres erreurs d’administration économique, elle a, par après, perdu presque tout de son ancien poids économique et politique, soumise qu’elle a été à toutes sortes d’humiliations de la part des grands empires européens. Descendue à mois de 5% du PIB mondial lors des expériences radicales du maoïsme au pouvoir, elle revient peu à peu au sommet de la hiérarchie économique mondiale, ayant déjà dépassé la troisième économie la plus importante (l’Allemagne) et se préparant à disputer l’hégémonie politique et militaire avec la seule super-puissance de notre époque, les Etats-Unis. La Chine est certainement le seul pays dit « périphérique » qui soit capable de perturber le système économique du capitalisme global (ce qui elle ne fera pas volontairement, en étant actuellement partie prenante de ce même capitalisme global).
Par ailleurs, l’ascendance des Etats-Unis au sommet du pouvoir mondial a été acquise après un long processus de renforcement de sa base intérieure, suivie par son l’émergence industrielle, à la fin du XIXème siècle, et sa primauté financière et technologique un demi-siècle après. Les Etats-Unis continuent d’être au sommet du pouvoir mondial, mais au moment de départ de cette analyse, 1909, il n’est qu’un prétendant à l’hégémonie hémisphérique, c’est-à-dire, dans les Amériques. Ayant réussi à renforcer son pouvoir économique et financier au cours des deux guerres commencées en Europe (1914 et 1939), bien que devenues mondiales peu après, les Etats-Unis doivent connaître vraisemblablement une diminution de leur pouvoir économique au cours des prochaines décennies du XXIème siècle, sans que l’on puisse déterminer avec certitude quand, exactement, la redistribution du pouvoir économique mondial laissera les Etats-Unis sans condition d’imposer sa volonté sur les autres partenaires : c’est un long processus de redistribution du pouvoir économique global.
Au point de vue politique, le monde actuel a aussi quitté la domination presque exclusive des puissances européennes, qui avaient décidé l’ordre international, depuis Westphalie (1648), passant par Vienne (1815) et Versailles (1919), pour entrer dans le manichéisme de la Guerre Froide, à l’âge du conflit nucléaire bipolaire. Cette époque, de moins d’un demi siècle, pendant laquelle l’Union Soviétique a offert une (pauvre) alternative au capitalisme libéral, a été suivie, à défaut de la « fin de l’Histoire », au moins d’une fin de la géographie, au sens où tous les pays – sauf deux petits îlots socialistes, totalement sans importance, Cuba et la Corée du Nord – sont désormais incorporés à la division mondiale du travail et font aussi partie des marchés capitalistes. Mais le monde paraît ressembler, curieusement, à celui d’il y a un siècle, c’est-à-dire, l’équilibre des puissances qui avait caractérisé le concert des nations européennes de la fin du XIXème siècle. L’ONU n’a pas plus de pouvoir qui n’a eu la Société des Nations à la sortie de la Première Guerre, bien que ses moyens d’intervention – ou tout au moins de « suggestion » – soient plus étendus que ceux de la SDN de l’entre deux guerres.
Au point de vue géopolitique, le monde actuel n’est pas si différent de celui d’il y a un siècle, bien qu’un grand empire ait disparu (l’Autriche-Hongrie), qu’un autre a fortement diminué (la Russie), que des prétendants agressifs aient été « disciplinés » (l’Allemagne, l’Italie et le Japon), que des grands empires coloniaux aient été défaits (le Royaume-Uni et la France) et qu’un empire successeur (les Etats-Unis) ait été établi, même sans vouloir se reconnaître en tant que tel (Ferguson, 2004). Mais, de par le poids militaire, économique et politique, les mêmes puissances continuent à « gérer » le monde, surtout le « concert » de puissances capitalistes du G7, qui continuent à donner les cartes de l’avant-garde scientifique, technologique et culturelle. Même si l’on rejette, au point de vue empirique et même conceptuel, la thèse de Fukuyama, il faut reconnaître qu’il n’y a pas encore aucun autre modèle de développement économique et social, ou d’organisation politique, qui puisse être offert par des candidats à la relève. La Russie n’est certainement pas en mesure de le faire et la Chine, constituant un cas sui generis dans l’histoire, n’est pas non plus capable d’en offrir une alternative ; d’ailleurs, aucune société développée, ou désirant l’être, ne peut être séduite par le modèle autoritaire, de « socialisme de marché », exhibé actuellement par la Chine – en fait un capitalisme sauvage style Grande-Bretagne au XIXème siècle (Engels, 1845), avec un parti totalitaire au pouvoir.
La question centrale de cet essai de comparaison historique et culturelle est constitué par la position du Brésil dans le système international – aussi bien politique qu’économique – au cours du XXème siècle, plus précisément à deux moments de son processus de modernisation capitaliste, au début (1909) et actuellement (2009). Pour dire vrai, cette position n’a pas beaucoup varié, depuis la fin du XIXème siècle, quand les bases du capitalisme global contemporain ont été établies, avec l’émergence industrielle des Etats-Unis, de l’Allemagne et du Japon, toujours les grands acteurs économiques dans ce début de XXIème siècle, aussi bien dans le commerce international, que dans les finances et la technologie.
Le Brésil était un exportateur primaire au début du XXème siècle, tout comme il le reste, encore aujourd’hui, bien qu’ayant passé d’une concentration presque exclusive dans le café non élaboré – 80% de l’offre mondiale – vers une diversification accrue dans les produits primaires et produits manufacturés – toujours plus de 65% de ses exportations en 2008 – avec une participation croissante de biens manufacturés, y compris dans l’avionique (des jets Embraer). Mais, le Brésil reste un importateur liquide de technologie et de capitaux, aussi bien d’investissements directs que des financements ; sa monnaie n’est toujours pas conversible, mais il est passé d’un « importateur » accueillant de main-d’œuvre – des millions d’immigrants ont été incorporés à sa population active dans les premières décennies du XXème siècle – à un « exportateur » modéré de ressources humaines, dû au fait que nombre de ses gens se sont désespérés du médiocre taux de croissance économique pendant les dernières décennies et se sont expatriés en Europe, au Japon, aux États-Unis, surtout.
Au cours de ce « long vingtième siècle », le Japon – probablement avec la Corée du Sud et Singapore, plus récemment – a été le seul pays « périphérique » qui ait réussi à surmonter la « barrière » du développement – qui est, tout simplement, celle de l’autonomie technologique – pour s’incorporer au « centre nerveux » du capitalisme global, aussi bien au point de vue industriel que financier. Le Brésil, en dépit d’une croissance vigoureuse pendant une bonne partie du XXème siècle, est demeuré dépendant du savoir faire industriel, des investissements directs et du financement des pays du capitalisme avancé. Cette situation de subordination n’est pas directement due à des inégalités présentes dans le système économique international – bien qu’elles restent importantes – ou à une quelconque « exploitation » des pays riches, en détriment des exportateurs primaires comme le Brésil, mais dérive fondamentalement de différences dans les taux de croissance de la productivité entre les pays capitalistes avancés et les « sous-développés », ce qui est le résultat, bien sur, d’un faible taux de scolarisation et de la mauvaise qualité de l’éducation dans ces pays. Pour dire en raccourci : tous les problèmes du Brésil sont absolument « made in Brazil », aucun n’est dû à l’« exploitation étrangère ».
Le présent essai se propose de comparer la situation du Brésil à ces deux moments de son insertion internationale: en 1909, quand son prestige régional avait été établi par un travail de modernisation économique et de projection diplomatique accompli par le Baron de Rio Branco ; et actuellement, en 2009, quand son prestige international atteint des sommets inédits, aussi comme résultat de la stabilisation économique et d’une diplomatie spécialement active. Hélas, le Brésil ne semble pas avoir réussi à franchir la « barrière du développement », tout au moins au point de vue social et du côté de l’éducation de base.
La première question à se poser, donc, est celle de savoir pourquoi il n’a pas su accomplir le « saut » qui a été fait par le Japon et, dernièrement, par la Corée du Sud (qui, en 1960, exhibait exactement la moitié du revenu par tête des brésiliens, quand aujourd’hui les coréens les dépassant presque trois fois). Il est un fait que, au cours de son processus d’industrialisation, le Brésil a réussi à diminuer la distance d’avec les pays les plus avancés, mais celle-ci a encore augmenté récemment, en conséquence de la faible croissance depuis la crise des années 1980 et l’hyper-inflation qui a suivi. La distribution interne du revenu a continué d’être très inégalitaire, aussi bien à cause de l’inflation que du très bas niveau d’éducation de la plupart de la population. Tout en continuant à être surtout un exportateur de produits primaires et de manufactures simples, le Brésil est devenu la dixième économie mondiale, étant promis à un rôle déterminant dans le cadre des émergeants, éventuellement dans le groupe Bric (avec la Russie, la Chine et l’Inde). Il représente, déjà, la moitié de l’économie sud-américaine et est devenu un acteur important dans les négociations commerciales internationales.
Le procès de stabilisation, commencé avec le Plan Real (1994), a coïncidé avec l’ouverture économique – privatisations, dérégulation, diminution du rôle de l’État – et la libéralisation commerciale unilatérale et dans le cadre du Mercosul (le projet de marché commun du Cône Sud). En dépit de ces reformes, le Brésil continue à occuper une petite fraction du commerce international – autour de 1% du total – et à dépendre des capitaux étrangers et de la technologie importée. En vérité, le Brésil se présente, aujourd’hui, comme un pays totalement industrialisé, en même temps qu’il préserve des traits sociaux typiques d’une formation peu développée, avec des différences importantes entre les classes sociales et une grande concentration du revenu. Cela est dû, selon l’argument défendu dans ce travail, entièrement à des défaillances dans l’appareil éducationnel et de capacitation professionnelle.
En comparant les deux moments choisis pour cet exercice de rétro-projection historique, 1909 et 2009, dans le contexte du système international à chaque époque, ce travail prétend discuter les conditions nécessaires ou suffisantes du développement économique, en tachant de séparer aussi bien des éléments structurels que contingents et, d’autre part, les rôles respectifs du système international et du leadership national dans le processus de développement économique et social. Les théories sociologiques jusqu’ici mobilisées pour essayer d’expliquer les processus de développement font appel, alternativement ou simultanément, à des facteurs d’induction externe – c’est-à-dire, la modernisation par imitation – ou à l’impulsion endogène – soit, la révolution culturelle nationale – pour construire un modèle de modernisation plus ou moins basé sur les formations économiques du capitalisme avancé. Or, il n’est pas certain que le Brésil, qui possède certainement un capitalisme industriel très avancé à l’intérieur de ses frontières, ait réussi à construire un système intégré, au point de vue politique et social, qui puisse être comparé à celui du capitalisme avancé : la pauvreté, l’injustice sociale, la corruption politique, le mal fonctionnement des pouvoirs d’État sont encore très présents dans l’actualité du Brésil, pour considérer qu’il puisse déjà être intégré à des clubs restreints comme l’OCDE ou un G7 élargi. Il reste toujours au milieu de quelque chose, à demi développé, à demi sous-développé, ayant des traits de modernisation et de retard, dans plusieurs domaines de la vie économique, politique et sociale.
Cette condition pose des très grands défis théoriques aussi bien à la sociologie historique comparée qu’envers l’économie du développement, car ni le marxisme traditionnel, ni les théories du développement inégal – à la Celso Furtado et Raul Prebisch, parmi d’autres – réussissent à expliquer le cas du Brésil, qui ne s’insère dans aucun modèle connu dans les disciplines consacrées à ces questions. Du point de vue historique, on est certainement en face d’un cas unique et original, comme le sont tant d’autres parmi les expériences connues de développement économique et social. Sur le plan économique, cependant, la spécificité brésilienne, aussi bien empirique que théorique, est en train de se dissoudre dans la « normalité » de la globalisation capitaliste, avec son insertion croissante dans l’interdépendance de l’économie mondiale de marché et l’adoption de politiques économiques plus proches du courant orthodoxe – mainstream economics – que du « développementalisme » prebischien ou furtadien. Pour dire vrai, il est plus que temps de surmonter les interprétations dépassées de Furtado et de Prebisch par des méthodologies plus raffinées.
Il se peut, ainsi, que la division philosophique entre les deux grandes écoles dans la sociologie du développement – l’interventionnisme étatique et le libéralisme de marché – soient en train d’opérer une convergence théorique qui peut produire une nouvelle synthèse disciplinaire, vraisemblablement utile dans la nouvelle ambiance de l’économie mondiale, celle du capitalisme global. Il se peut, aussi, que ces mêmes problèmes soient, en 2009, substantiellement les mêmes qu’affrontaient, en 1909, les élites brésiliennes. La question reste, donc, la même : seront-elles capables de surmonter le non développement brésilien ? La question cruciale dans cette étude de cas, cependant, n’est pas celle des inégalités au niveau mondial, c’est-à-dire, la distance qui sépare le Brésil d’avec les pays avancés en termes économiques, mais surtout les distances sociales à l’intérieur de ses propres frontières, soit, les inégalités de revenus dans la populations, des chances de travail digne et, en spécial, de formation éducationnelle des différentes couches de la population.
En effet, le Brésil peut être considéré comme un pays totalement développé au point de vue industriel, tout en étant, en même temps, une nation encore divisée par des inégalités sociales inacceptables en plein XXIème siècle. Cela est dû à des facteurs que nous examinerons à la quatrième section de ce travail, après avoir passé en revue deux moments du développement brésilien, à un siècle de distance, en 1909 et en 2009.

2. Le Brésil en 1909: une société agraire arriérée avec une vocation industrielle
Au début du XXème siècle, le Brésil était une société agraire arriérée, avec des îlots de commerce et d’industrie au long de la côte atlantique, dont les seules richesses réelles étaient les produits d’exportation issus de ses ressources naturelles, les mêmes de la période coloniale (à l’exception du caoutchouc, une fièvre temporaire qui a embrasé pendant moins d’un demi-siècle la région amazonienne). Café, sucre, viandes et cuirs, maté, coton et quelques autres produits primaires composaient une liste d’exportations dominé à plus de 80% par le café (qui répondait aussi pour la plupart des recettes de l’État). Au point de vue politique, le Brésil était formellement démocratique, en vérité une république oligarchique, avec une aristocratie latifundiste qui dominait le système politique, dont le président était élu avec tout au plus 1% des votes des citoyens (le corps électoral était composé exclusivement de la population mâle, à l’exclusion des analphabètes, qui en faisaient encore plus de la moitié de la population). La notion de démocratie, évidemment, était restreinte à une superstructure formelle, purement institutionnelle, avec une représentation politique limitée aux couches supérieures de la société.
Sur le plan social, cette même élite politique était activement engagée dans le « blanchissement » de la population, en favorisant l’immigration d’agriculteurs européens, avec une ouverture temporaire aux japonais. Ayant préservé l’esclavage jusqu’à la fin de la monarchie, l’élite n’avait pas encore inventé la notion de « démocratie raciale » par laquelle le Brésil voulait se distinguer du racisme ordinaire pratiqué aux États-Unis. Au point de vue économique, le retard du Brésil était énorme, aussi bien par rapport au géant nord-américain, qui, à cette époque-là s’était déjà converti dans la première puissance industrielle de la planète, que vis-à-vis de la voisine Argentine, une société agricole et pastorale très dynamique, dont le revenu par tête s’approchait ou supplantait celui de plusieurs pays européens. En effet, la performance relative entre ces pays peut être évaluée, non par le produit brut – une mesure grossière de la capacité productive d’un pays, mais qui ne tient pas compte des dotations relatives des facteurs ou de la productivité – mais par le revenu par tête, une mesure plus adéquate de la prospérité, ou de la richesse réelle de sa population, et cela dans son évolution cumulative pendant une longue période (Barro et Sala-i-Martin, 2003).
Dans cette perspective, si la distance entre les États-Unis et le Brésil n’était que du simple au double, au début du XIXème siècle – selon les calculs d’Angus Maddison (2001b), le revenu par tête des Américains était, en 1820, de US$ 1.257, contre seulement US$ 646 pour le Brésil, soit, un peu plus de la moitié – cent ans après l’intervalle économique s’était accru cinq fois plus : en 1909, avec un revenu par tête de seulement US$ 776 – qui témoigne de la presque immobilité du Brésil en termes de productivité pendant toute cette période agro-exportatrice – le chiffre brésilien ne faisait que 15% du revenu des Américains, alors estimé à US$ 5.017 par personne. Par contre, l’Argentine était arrivée au maximum de son succès en croissance, avec un revenu par tête de US$ 3.669, soit plus de 73% de celui Américain (et cinq fois supérieur au Brésilien). La distance entre les États-Unis et le Brésil s’est encore aggravé juste avant la Première Guerre Mondiale, quand l’éloignement du premier par rapport au second pays est arrivé au chiffre maximum de 6,5 fois, pour diminuer au long des décennies suivantes (Maddison, 2009).
La raison de cette pauvre performance du Brésil par rapport aux États-Unis se situe, évidemment, dans les différents taux de croissance cumulatifs pendant la période de la République oligarchique au Brésil (1890-1930) : entre la première date et la grande crise de 1929, celui-ci est resté dans le taux médiocre de 0,92% à l’an, tandis que les États-Unis progressaient, eux, à un taux cumulatif annuel de 1,83% réel, c’est-à-dire, par tête, inflation déduite (Maddison, 2001b). La dynamique économique s’est sensiblement amélioré depuis, mais à cause de son accroissement démographique significatif jusqu’aux années 1980, le Brésil n’a pas réussi à combler la distance d’avec le géant nord-américain.
Indépendamment, cependant, de la distance entre les moyennes nationales de revenu par tête, les facteurs vraiment cruciaux que peuvent distinguer le Brésil par rapport à d’autres pays ne se situent pas dans leurs niveaux de développement économique en tant que tels, mais dans leurs degrés de productivité, qui sont presque une fonction directe de la capacité éducationnelle dans chaque pays. En effet, le processus d’industrialisation connu au Brésil après 1930 a réussi à porter sa base matérielle à un niveau moins éloignée des pays avancés, que de celui où il n’était, en termes de possibilités productives, au début du XXème siècle, quand le scénario était encore celui d’un archipel de petites industries peu développées, au milieu d’un paysage agricole très arriéré. Néanmoins, la distance est encore énorme si la mesure de comparaison est faite à partir des niveaux d’éducation, aussi bien au point de vue quantitatif que sur le plan de la performance qualitative.
Du point de vue de l’éducation de masse, la situation du Brésil ne pouvait être plus déplorable au début du XXème siècle, par rapport no seulement aux pays développés, mais aussi en relation à l’Argentine et le Mexique, les deux pays latino-américains avec lesquels il est possible de faire une comparaison. Selon des donnés collectés par l’économiste Richard Easterlin (1981), en 1900, au moment où le Brésil consolidait son régime républicain – supposé démocratique – le taux d’immatriculation à l’école primaire était de seulement 258 étudiants pour 10.000 habitants, vis-à-vis les taux de 1969 étudiants pour les États-Unis, 1.576 pour l’Allemagne – ce qui ne doit pas surprendre outre mesure – mais déjà de 808 pour l’Argentine et de 457 pour le Mexique. Pour être plus précis, le Brésil ne devait atteindre un niveau de couverture quantitative en matière d’enseignement primaire comparable à celui des Etats-Unis au début du XIXème siècle (en 1820, environ) que vers les années 1970, soit près de 150 ans après.
Sur un autre plan, celui de l’intégration à l’économie mondiale, le Brésil a aussi marqué le pas en fonction de ses réactions timides par rapport à toutes les demandes – internes et externes – d’ouverture économique et de libéralisation commerciale. Bien que présentant un coefficient d’ouverture économique – c’est-à-dire, la part du commerce extérieur dans la formation du PIB – à peu près satisfaisant pendant le XIXème siècle et le début du suivant, en fonction de son agriculture d’exportation et de ses besoins étendus à l’importation, le Brésil était, néanmoins, un des pays les plus protectionnistes au monde, auparavant pour des raisons essentiellement fiscales – c’est-à-dire, les besoins de l’État en recettes du commerce extérieur, la seule source de revenu pour l’administration –, plus tard en fonction de ses instincts introspectifs en matière d’industrialisation. Vingt ans avant 1909, le Secrétaire d’État James Blaine essayait de vendre aux pays latino-américains l’idée d’une zone de libre échange – plus exactement “an hemispheric customs union” – lors de la première conférence internationale américaine, tenue dès Novembre 1889 jusqu’au mois de Mars 1890 (juste au moment où le Brésil abandonnait sa monarchie pour un régime républicain). Dû à la résistance du Brésil et de l’Argentine, le projet n’a pas connu plus de succès que son succédané d’un siècle plus tard, la Free Trade Area of the Americas, promu par les présidents Bill Clinton et George Bush: les deux pays sud-américains craignaient, avant comme après, de perdre leur souveraineté économique, s’ils devaient confronter les puissantes compagnies et les prodiges technologiques du géant du Nord.
Il y avait, bien sûr, des raisons plus impératives, et elles se situaient toutes dans le protectionnisme extensif que ces deux pays pratiquaient déjà depuis longtemps à l’encontre de produits étrangers. En effet, le Brésil et l’Argentine étaient parmi les pays ayant les tarifs douaniers les plus élevés du monde, comme l’on peut constater par le tableau ci-après :

Tarifs Douaniers Nationaux Comparés, 1865-1910
(Moyenne tarifaire à partir des recettes d’importations sur les d’importations totales)
Année G.-B. EUA Allemag France Japon Argent. Brésil
1865 8,3 33,7 3,7 4,7 4,9 17,5 25,7
1870 7,1 40,9 3,7 2,9 1,8 24,6 31.0
1880 4,7 30,1 5,8 5,2 7,1 26,4 37,2
1890 4,8 26,6 8,8 8,0 5,4 33.4 39,4
1896 4,8 20,7 10,1 10,7 2,6 23,9 35,4
1900 4,6 27,0 8,1 8,8 5,8 26,5 30,1
1905 6,4 25,1 8.8 8,6 7,0 23.9 49,3
1910 4,5 21,0 7,4 8,2 7,8 21,6 41,9
Source: Clemens-Williamson, 2001.

À l’exception de l’immédiat après guerre civile aux États-Unis – quand les besoins de la reconstruction ont commandé une élévation notable des tarifs douaniers, la source principale de revenus pour l’administration fédérale –, le Brésil et l’Argentine, pendant toute la période envisagée (et même par après, au XXème siècle), ont été des véritables champions mondiaux du protectionnisme tarifaire, sans rien dire de toutes les autres politiques restrictives, basées sur des limitations quantitatives et sur le concept de ‘similaire national’ (auquel cas l’importation était simplement interdite). Les arguments en faveur de la protection commerciale dans les deux pays n’étaient pas très différents de ceux employés para Alexander Hamilton aux États-Unis ou par Friedrich List en Allemagne, mais il est évident que les autres conditions pour l’essor industriel et le développement économique n’étaient pas du tout réunies au Brésil et en Argentine, notamment au point de vue fiscal, monétaire, de la politique du change, ou, plus important, au niveau de la capacité d’innovation technique, étant donné le manque de ressources humaines, notamment au Brésil.
Une possible source d’innovation technique et de capacitation humaine a été relativement perdue, au Brésil, par rapport à des politiques plus attractives mises en place en Argentine et, surtout, aux États-Unis : l’immigration, fortement stimulé dans ces deux derniers pays, et soumise à des mesures erratiques au Brésil républicain, après avoir été découragée pendant presque tout le XIXème siècle par le maintien du système de travail esclave. Déjà en 1909, l’élan migratoire apparu au tout début de la République s’était effrité, et les chiffres son dérisoires par rapport aux flux massifs qui se dirigeaient vers les États-Unis et l’Argentine, les champions de l’immigration européenne dans les Amériques, à l’exception peut-être des Anglais vers le Canada.

3. Le Brésil en 2009: une industrie développée, avec une base sociale arriérée
Il est vrai que, peu après, l’évolution dans les domaines du commerce et de l’immigration allaient devenir négatives, à peu près dans presque tous les pays dans l’entre deux guerres et surtout lors de la crise déclenchée en 1929. Ayant été le plus ouvert des pays dès la période coloniale à toute sorte d’immigration, les États-Unis ont commencé à restreindre le libre afflux des candidats à la résidence au début de la troisième décennie du XXème siècle, d’abord à l’encontre des Asiatiques, ensuite envers toutes les autres nationalités, mais selon un système de quotas basés sur le stock de chaque nationalité déjà présente au pays. Le Brésil a copié les mêmes politiques restrictives et a aussi introduit des quotas nationaux dès les années 1930 : tout comme le protectionnisme commercial, il ne pouvait pas avoir de mesure plus négative au point de vue du développement national, et encore aujourd’hui le Brésil maintient cette politique aveugle, ou myope, de restriction à l’immigration.
Nonobstant la même courte vue entretenue pendant beaucoup de temps, les États-Unis demeurent, de loin, absolue et relativement – mais peut-être pas par rapport au Canada et l’Australie, par exemple – le pays le plus ouvert aux muscles et aux cerveaux de toutes les parties du monde. Cette caractéristique unique, et admirable, permet d’expliquer, probablement, la vigueur, la flexibilité, la solidité et l’inventivité formidable de l’économie américaine, une performance révélée dans le nombre exceptionnellement élevée des Prix Nobel raflés par son établissement scientifique dans l’actualité (par ailleurs confirmé dans le domaine technologique, puisque toute personne normale au monde désire un iPod ou un iPhone aujourd’hui).
Il n’est pas besoin de rappeler que le Brésil, pendant presque tout le XXème siècle, a confirmé sa préférence pour des « agriculteurs » et sa résistance en accepter des « marchands » -- entre ceux, les Juifs – ou d’autres types de candidats à l’immigration ayant des spécialisations « urbaines ». Encore aujourd’hui, il semble peu disposé à ouvrir ses frontières aux candidats des pays voisins – même si le Mercosur est considéré un ‘projet stratégique’ – tout comme il continue d’imposer des critères financiers aux candidats à l’immigration libre, comme si aujourd’hui le capital devrait être encore mesuré en termes monétaires (en coupant ainsi la voie à un ‘pauvre’ détenteur d’un diplôme de Docteur). S’il y en a un concours mondial d’attraction de cerveaux, les États-Unis sont certainement capables d’arriver en première place, puisqu’ils accueillent toutes sortes de chercheurs de n’importe quel coin du monde. En contraste, le Brésil continue de pratiquer un nationalisme éducationnel et scientifique qui est en complète contradiction avec les exigences d’un système moderne de recherche scientifique.
Cette même fermeture aux apports et à la compétition étrangère se retrouve dans le domaine commercial et dans la politique d’investissement direct étranger. Tout en mettant en place une politique de droit et dans la pratique protectionniste pendant les premières phases de sa consolidation en tant que puissante machine industrielle, les États-Unis ont embrassé vigoureusement le libre échange multilatéral et non discriminatoire dans l’après Seconde Guerre, en contribuant ainsi à promouvoir l’une des plus durables périodes de croissance économique dans l’histoire mondiale. Il n’a pas été de même avec le Brésil et la plupart des pays latino-américains, qui se sont révélés les plus enthousiastes défenseurs du protectionnisme à la List et des subventions défensives dans leurs processus d’industrialisation substitutive, fortement marquée par un keynésianisme à outrance qui, sous l’influence intellectuelle de Raul Prebisch, a confondu les tâches d’émergence d’une orientation contre cyclique avec une politique économique tourné vers le développement. Il n’est certainement pas surprenant d’apprendre que ces pays, notamment le Brésil et l’Argentine, ont continué d’être les champions des tarifs douaniers prohibitifs, en plus d’un assemblage hétéroclite de politiques sectorielles – notamment dans l’industrie, mais aussi dans le domaine macroéconomique – qui ont contribué à la distorsion de prix relatifs, à l’accroissement des inégalités sociales et aux dérapages inflationnistes, d’ailleurs l’un des motifs de la concentration anormale des revenus que l’on connaisse mondialement (avec la persistance de la misère et de la corruption).
En commençant dans les années 1930, la fermeture économique, l’aversion au capital étranger et la protection commerciale ont été des caractéristiques dominantes en Amérique Latine, avec le maintien de ces politiques pour plus d’un demi siècle, après quoi elles ont été remplacées par des mesures plus libérales beaucoup plus par exhaustion de leur vertus supposées que par changement de convictions des acteurs principaux (les industriels, les intellectuels universitaires et les technocrates d’État). En effet, comme on peut constater dans le tableau ci-après, à l’exception de l’Allemagne nazie, explicitement autarcique et nationaliste, les deux latino-américains du Cône Sud ont persisté dans le protectionnisme et dans les politiques industrielles.

Tarifs Douaniers Nationaux Comparés, 1926-1940
(Moyenne tarifaire à partir des recettes d’importations sur les d’importations totales)
Année G.-B. EUA Allemag France Japon Argent. Brésil
1926 8,3 13,4 9,4 2,5 6,2 15,5 21,5
1929 9,7 13,5 8,2 7,5 6,7 17,0 26,0
1931 14,1 17,8 17,1 13,8 9,0 26,5 30,8
1932 19,4 19,6 23,8 17,5 7,6 27,2 31,6
1933 24,0 19,8 25,5 15,4 6,0 25,7 30,8
1935 24,5 17,5 30,1 16,9 6,2 23,2 22,9
1937 20,6 15,6 29,0 16,4 5,2 21,4 22,1
1940 22,7 12,5 28,2 16,1 4,4 15,9 19,7
Source: Clemens-Williamson, 2001.

En fait, le fort protectionnisme commercial a subsisté, encore qu’à un degré moindre, même avec l’ouverture relative des années 1980 e 1990, avec les processus d’intégration régionale qui ont provoqué un modeste assouplissement dans les politiques d’investissement étranger et, dans certains cas, ont conduit à des changements dans le nationalisme étatique, avec des privatisations de compagnies publiques et démantèlement des monopoles d’État. L’anarchie monétaire et la fièvre d’émissions – avec sa conséquence immédiate en termes d’inflation et de fuites de capital national – ont certainement reculé, encore que le poids et le rôle de l’État se maintiennent avec des nouveaux habits, parfois travestis en langage libéral. C’est que de la part de la société, surtout des industriels et des intellectuels de gauche – d’ailleurs un synonyme – les appels continuent d’être forts dans la demande pour des ‘politiques publiques’ (surtout ‘sociales’) et en faveur d’une mission de planning ou d’induction par l’État, supposé corriger les déséquilibres de l’économie de marché et les inégalités provoqués par le capitalisme (quand c’est souvent l’État, lui-même, qui provoque la concentration du revenu en faveur des riches).
En dépit de tous ces facteurs négatifs, le Brésil a réussi à constituer, surtout dans la période technocratique du gouvernement militaire, une structure industrielle inédite pour les standards du Tiers Monde. En fait, du côté industriel, le Brésil ne peut plus être considéré un pays du Tiers Monde, au contraire : en exhibant la modernité technologique par le biais du secteur aéronautique et l’un des plus avancés exemples d’agrobusiness dans une latitude tropicale, le Brésil moderne devance plusieurs pays de l’OCDE en compétitivité industrielle ou agricole, même s’il reste un importateur net de technologie avancée et de know-how, étant donné le peu d’intégration qu’il y a entre son établissement scientifique (majoritairement universitaire) – presque à l’état de l’art international en capacitation humaine – et les laboratoires industriels, encore dépendants d’acquisitions à l’étranger.
L’aspect probablement le plus négatif de la ‘modernité’ brésilienne – en plus de la persistance historique des inégalités sociales dans la distribution du revenu – c’est la très mauvaise qualité de l’éducation publique, un résultat des dernières décennies de négligence officielle envers la formation de professeurs et de la forte concentration des ressources dans l’enseignement supérieur, dans une inversion complète des priorités considérées normales dans presque tous les pays. Donc, si le Brésil a, finalement, depuis plus d’un siècle de retard dramatique dans ce domaine, réussi a s’égaliser sur le plan quantitatif avec des pays plus avancés, les défaillances sur le plan qualitatif restent énormes et visibles et ne semblent pas être sur la voie de la réduction. Des donnés officielles et des évaluations internationales confirment un nombre élevé d’élèves que désistent en cours de route – déjà à la fin ou avant même la conclusion du premier cycle – et des résultats catastrophiques lors de comparaisons comme celles qui sont faites au moyen du PISA de l’OCDE.
En tout et pour tout, la distance en revenu par tête d’avec les pays les plus avancés n’a pas reculé dramatiquement, pari passu aux progrès de l’industrialisation. Si l1on prend des données homogènes, comme ceux travaillés par l’économiste Angus Maddison, on constate que le revenu des Brésiliens reste encore au dessous de 20% de celui des Américains, même si l’éloignement par rapport à l’Argentine a très sensiblement diminué – à moins d’un tiers en plus – mais cela étant plus donné au formidable recul de ce pays depuis les années 1960, qu’au progrès rapide du Brésil, lui aussi affecté par des crises récurrentes depuis les chocs du pétrole et de la dette extérieure, dans les années 1970 et 1980, suivie de deux décennies de stagnation ou de croissance médiocre, en passant par les crises financières des années 1990, et la lente stabilisation du Plan Real, depuis 1999.
Le cas le plus dramatique reste, bien sûr, celui de l’Argentine, le pays le plus riche de l’Amérique Latine d’il y a un siècle en arrière, devenu maintenant juste une ombre de son passé glorieux. D’une proportion de 70% du PIB para tête des Américains, les Argentins en ont reculé à moins de 30% actuellement, dans une démonstration rare dans l’histoire de l’économie mondiale – sauf, peut-être, pour la Chine et la Grande-Bretagne des premières 80 années du XXème siècle – d’une décadence exemplaire à tous le titres. L’histoire n’a probablement pas dit son dernier mot en ce qui concerne le déclin de l’Argentine, mais, à la différence du Brésil, le pays de la Plate, qui semble encore dominé par le phantasme péroniste, possède une incroyable capacité à récidiver dans les mêmes erreurs d’un passé encore récent, répétant des mauvaises expériences en matière de politiques économiques – inflation, contrôle de prix, monopoles d’État, subsides et protection – qui apparemment ont été bien apprises du côté du Brésil. En tout cas, l’Argentine constitue un remarquable exemple d’un pays très bien doté par la nature, qui a réussi à éduquer son peuple, mais qui insiste à perdre toutes ses opportunités de développement.
Le Brésil n’a pas non plus été très intelligent à certains moments de son histoire : même dans l’actualité, il a laissé passer la phase la plus vigoureuse de croissance dans l’économie mondiale, qui pourrait être mise à profit pour ajuster définitivement – ou du moins décisivement – la situation de la dette publique interne et l’équilibre fiscal, très précaire aujourd’hui, tout comme pour continuer les privatisations et les investissements en logistique et équipements sociaux. Il ne l’a pas fait et la crise actuelle va probablement dramatiser les déséquilibres des comptes publics. Tout au contraire : le gouvernement Lula a augmenté dramatiquement le nombre d’employés d’État, a concédé des augmentations importantes aux mêmes catégories et a compromis des dépenses obligatoires pour les prochaines 40 années, ce qui compromet la capacité d’investissement de l’État (qui est déjà médiocre). Il y aura un prix à payer pour la négligence fiscale et la prodigalité salariale du secteur public. La responsabilité, bien sûr, incombe à ses élites – de tous les types, y compris l’aristocratie syndicale qui a pris possession du pouvoir depuis 2003 – qui exhibent presque toutes un exceptionnel comportement ‘rent-seeking’.

4. Le Brésil comparé à lui-même : un bilan qualitatif selon des critères objectifs
Capturé à deux moments de son processus de modernisation économique et sociale, en 1909 et en 2009, le Brésil présente un portrait contradictoire, fait de progrès matériels, d’améliorations institutionnelles, mais aussi de survivances politiques d’un autre âge et de résistances au changement qui se traduisent par une formidable inégalité social en face de la progression réelle du côté industriel, ou simplement productif (qui comprend, aussi, une agriculture moderne et compétitive, après tant de retards cumulés pendant longtemps).
Brosser un tableau de ces ruptures et persistances équivaut à une promenade à travers des âges ‘géologiques’ sur les plans économique, politique et social. En effet, plusieurs analystes du Brésil, parmi lesquels Caio Prado Júnior (1949) et Charles Morazé (1954), avaient déjà remarqué cette caractéristique non spécifiquement brésilienne d’être capable de se transformer tout en préservant des traits d’un passé parfois lointain, soit dans la mutation des oligarchies politiques – toujours renouvelées, mais encore oligarchies –, soit dans le maintien de structures économiques et sociales héritées de son passé colonial ou monarchique. C’est le cas, par exemple, de la concentration de la propriété ou du revenu, deux aspects qui sont liés mais pas nécessairement dérivés des mêmes mécanismes de création et de redistribution de la richesse sociale. Il suffit de noter, par exemple, que près de deux cinquièmes de la richesse créée actuellement au Brésil passe dans les coffres – pas toujours inaccessibles – de l’État, qui possède, ainsi, une grande capacité à l’orienter vers certains groupes sociaux (non exactement ceux qui en ont plus besoin).
Il est possible, ainsi, de dire que le Brésil est une économie développée, ayant réussi à ‘achever’ son processus d’industrialisation, tout en étant une société encore arriérée du point de vue social et éducationnel, ce qui est démontré par ses indicateurs sociaux respectifs (Almeida, 2005). Cet itinéraire d’achèvement du processus d’industrialisation a permis de compléter le développement du Brésil sur le plan matériel, ce qui autorise à dire que, du point de vue technique et entrepreneur, cela a représenté un succès raisonnable. Le Brésil, sur ce plan, du côté des gagnants, même si par l’aspect social les résultats sont plutôt maigres.
Si l’on fait un exercice de comparaison internationale, on pourrait diviser les pays le plus importants en deux groupes : ceux qui ont réussi à se repositionner de manière satisfaisante dans l’ordre international, et ceux qui ont perdu du terrain ou qui ont simplement stagné dans l’échèle du développement. À cet égard, il faut noter, en tout premier lieu, la performance plus que satisfaisante de plusieurs pays asiatiques, avec distinction pour les soit disant “tigres” (Corée du Sud, Taiwan, Hong-Kong et quelques uns encore) et, plus récemment, la Chine, pour ne rien dire des pays de l’arc culturel anglo-saxon (EUA, Canada, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle Zélande et Irlande). L’Inde est venue se joindre, depuis les années 1992, au peloton de pays présentant des taux élevés de croissance économique, mais elle comporte encore d’énormes poches de misère et des inégalités internes, régionales et sociales, qui constituent des formidables défis à ses élites dirigeantes.
Un deuxième groupe comporte des pays déjà développés, qui n’ont pas nécessairement régressé, mais qui ont présenté une croissance médiocre au long de la période récente, bloc auquel appartiennent plusieurs pays européens et le Japon. Les anciennes économies socialistes, en transition vers le capitalisme, ont eu une performance variée, avec des cas de progrès rapides – comme la République Tchèque, par exemple – et d’autres en déclin relatif (la Russie, pendant une grande partie des années 1990, mais toujours dépendante de quelques matières premières, comme le pétrole et le gaz). L’Amérique Latine a aussi connu in itinéraire bien peu satisfaisant, puisque en plus de la croissance réduite – l’exception notable étant le Chili – e des crises récurrentes, de nature politique, économique et sociale, elle a maintenu des contingents déjà élevés de groupes sociaux aux échelons les plus bas du progrès social, tout comme elle a conservé les caractéristiques plus traditionnelles de l’iniquité sociale, en tout premier lieu le degré anormalement élevé de concentration du revenu. Finalement, au chapitre de la stagnation, ou même de l’échec, on pourrait compter certains pays musulmans (pas tous au Proche Orient) et la plus grande partie des africains, en spécial ceux de la région sous-saharienne, avec très peu d’exceptions.
En règle générale, les pays ayant eu du succès sur le plan de la croissance économique et du développement social ont réussi à combiner des aspects variés d’un mix de politiques macroéconomiques qui pourraient être résumées dans les éléments suivants : (a) une macroéconomie stable, prévisible et favorable aux affaires, c’est-à-dire, inflation modérée, responsabilité fiscale, règles du jeu transparentes et impôts réduits sur le système productif ; (b) une ambiance concurrentielle au niveau des marchés, en absence de barrières à l’entrée de nouveaux participants et contention adéquate des tendances à la concentration capitaliste ; (c) une bonne gouvernance, ce qui veut dire des institutions fonctionnelles au niveau de la représentation politique, l’indépendance des pouvoirs, un judiciaire autonome et efficace, un exécutif blindé à la corruption et aux groupes privilégiés d’intérêt ; (d) des investissements importants en capital humain, en assurant la bonne qualité de l’éducation de base, la capacitation technique de la force de travail et une croissance progressive des dépenses en science et technologie, ce qui suppose une interaction satisfaisante entre les secteurs public et privé dans les systèmes nationaux de recherche et développement ; finalement, (e) une plus grande ouverture aux échanges globaux, soit, la promotion des exportations et des importations, l’attraction d’investissements directs étrangers et un taux de change favorable et compétitif ; cela ne veut pas dire, nécessairement, adhérer à une philosophie libérale ou ouvrir complètement l’économie, mais signifie participer activement aux courants les plus dynamiques du commerce international.
Si l’on retient ces cinq critères comme des réquisits indispensables à un processus soutenu de croissance économique, il est possible de faire une évaluation qualitative de l’itinéraire brésilien en tenant compte de ces aspects depuis 1909. L’adjectif ‘qualitatif’ ne doit pas signifier que l’on prétend se soustraire à une vérification empirique de chacun de ces éléments : il serait utile de rassembler des données objectives sur chacun des aspects envisagés, en suivant leur évolution au long du siècle. Cela requiert, cependant, des développements plus étendus qui ne sont pas faisables de présenter dans les limites de ce travail. Il est néanmoins possible de tracer l’évolution du Brésil, de manière synthétique, dans chacun des chapitres objet de la sélection faite ci-dessus.
Sous le premier aspect, il n’est pas méconnu, de la plupart des historiens économiques, que le Brésil n’a expérimenté la stabilité macroéconomique qu’après l’introduction du Plan Real, en 1994, et encore soumis à des fortes turbulences lors des années de crises financières et de transitions politique (1995-1999 et 2001-2002). Depuis 1909, le pays a changé six fois de monnaie, sous l’impact de cycles récurrents d’inflation, qui s’est élevée, elle, à des quatrillions pour cent. Ses gouvernements, avec très peu d’exceptions, n’ont pas observé une rigueur fiscale compatible avec la modeste capacité d’épargne de la population et ont souvent recouru à l’endettement extérieur comme substitutif à la bonne gestion des comptes nationaux. Le poids de la dette, d’une part, et la dépendance du pétrole importé, d’autre part, ont toujours exercé une forte pression sur la balance des payements, amenant le pays plusieurs fois aux bureaux des banquiers ou à des négociations forcées avec le FMI. Sur un autre tableau, la modeste capacité endogène en capitaux et expertise technique a conduit, surtout sous le régime militaire, à une expansion démesurée de l’État, qui vient à accaparer actuellement plus de 2/5 du revenu national, avec un taux d’imposition proportionnellement plus lourd sur les pauvres et les entrepreneurs. C’est ce phénomène que les économistes appellent « crowding-out » qui empêche le Brésil, aujourd’hui, d’investir et de croître de manière adéquate.
Sous l’aspect de l’ambiance compétitive, il n’est pas un secret, non plus, que l’économie brésilienne est dominée par des cartels et des monopoles, publics et privés, dont la conséquence la plus visible est le prix exagéré que les citoyens doivent payer pour la plupart des biens et services, à commencer des biens exploités par des compagnies d’État ou des compagnies privées en régime de concession (transports, communications en général), mais aussi des secteurs dits « stratégiques » (acier, ciment, pétrole etc.). Le gouvernement est le plus grand responsable de cette régulation restrictive de la concurrence et de la sélection de certains « champions » dans les industries de base et dans les biens et services publics.
Le chapitre gouvernance n’a pas besoin de longs développements pour démontrer l’instabilité politique et la mauvaise qualité des institutions démocratiques dès le début de la République. Après 80 ans de parlementarisme monarchique – une démocratie de façade, puisque esclavagiste et faussement aristocratique – la République a conduit à un excès de régionalisme oligarchique et à la détérioration des finances publiques : suite à des révoltes militaires dans les années 1920, le populisme de Vargas – avec une dictature au milieu – a dominé le système politique pour presque un quart de siècle, en créant des nouvelles sources d’instabilité qui ont résulté dans une nouvelle dictature, cette fois militaire. Ces deux dictatures (1937-1945 et 1964-1985) ont permis, contradictoirement, la modernisation de l’appareil de l’État, le grand promoteur de l’industrialisation nationale. L’héritage moins satisfaisant a été la concentration du pouvoir politique et l’éloignement des représentants du « peuple » d’avec les représentés, en alimentant la corruption et des pratiques douteuses.
Il n’est pas besoin de souligner, par contre, les conséquences néfastes que la négligence envers l’enseignement fondamental ont eu sur la mauvaise qualité du matériel humain au Brésil et ses effets sur la productivité de la main-d’œuvre – vraiment marginale en face de réquisits d’une industrie moderne – et, en spécial, sur la effroyable concentration du revenu. Cet aspect est probablement les plus grave parmi toutes les défaillances de la société brésilienne, car il compromet sérieusement les chances de croissance solide à un moment où le Brésil traverse sa phase de « bonus démographique », c’est-à-dire, le rapport le plus favorable entre les actifs et les dépendants dans toute l’histoire de la société nationale : cette opportunité sera vraisemblablement perdue, à cause du manque de préparation de la force de travail au Brésil (ce qui préfigure une situation compliquée pour les comptes publics à l’avenir, ayant en vue les retraités d’ici quelque temps).
Finalement, on n’ignore pas non plus, que le Brésil est encore un pays relativement fermé au commerce et aux investissements étrangers et que son processus d’ouverture économique et de libéralisation commerciale n’a pas été conduit à terme. Même le Mercosur, une expérience régionale considéré stratégique sur le plan de la politique étrangère, n’a pas encore réussi à compléter son étape d’union douanière, condition indispensable pour passer à la phase de construction d’un marché commun, ce qui était l`intention inscrite dans le projet original. En fait, depuis la première et seule expérience d’ouverture commerciale, au début des années 1990, les pratiques défensives et le protectionnisme déguisé n’ont fait que se renforcer, au Brésil et dans le Mercosur (l’Argentine étant grandement responsable pour ces reculs). Tout économiste sait que le commerce est un des principaux leviers de progrès technologique et de gains de productivité, par le biais de la compétition et de l’importation indirecte – ou directe, par l’achat de brevets –, et que, d’autre part, les investissements directs accomplissent le même rôle de manière encore plus rapide.

5. Conclusion: surmonter la fracture idéologique du développement
Même si l’on considère que le Brésil a déjà atteint, ou surmonté, la barrière du développement (Almeida, 2005), dans ses aspects techniques ou matériels, il est indéniable que le développement constitue la principale obsession de ses politiciens et de ses économistes, d’ailleurs le même comportement observé en Amérique Latine de manière générale. Il y a donc là matière à réflexion, vraisemblablement dans le domaine de la sociologie du développement. Il est par ailleurs confirmé que l’une des principales branches de la recherche empirique et des réflexions sociologiques dans la région est constitué par l’économie et la sociologie du développement, au moins depuis da création de la Commission Économique pour l’Amérique Latine (Cepal, 1948) et l’organisations de cours de planification économique et d’économie du développement dans son siège à Santiago du Chili. Nombreux sont les économistes et les sociologues qui sont passés par là et qui ont mis ses réflexions et recherches au service des decision makers dans leurs pays d’origine.
Une telle convergence d’efforts devrait, présomptueusement, conduire à des prescriptions convergentes concernant le développement réel des pays de la région et, supposément, à l’augmentation de leur bien-être matériel et progrès spirituel. Il y a eu même un économiste du développement, Gunnar Myrdal, qui a affirmé sans hésitation que, si des pays périphériques devaient rejoindre le peloton des économies avancées, ces pays seraient assurément les latino-américains, étant donné leurs progrès dans la théorie et dans la pratique économique. Il rejetait la notion que des pays asiatiques, alors dominés para la misère et la famine, pourraient atteindre le développement, à moins qu’ils ne se décident à adopter le chemin indien de la planification et le dirigisme étatique comme recette de développement (Myrdal, 1968).
Il n’est pas inutile de rappeler ici ses arguments centraux, car ils coïncident entièrement avec les enseignements de Prebisch et d’autres à la Cepal. Il commençait son analyse « par la considération de l’idéologie générale de la planification pour le développement car elle occupe une place centrale parmi les idéaux de modernisation » (1968-2 : 708). Il affirmait, ensuite, que « le principe fondamental de l’idéologie de la planification économique c’est que l’État doit jouer un rôle actif, voire décisif dans l’économie ; par ses propres actions d’investissement et d’entreprise et par son contrôle diversifié – stimulations et restrictions – sur le secteur privé, l’État doit commencer, impulser et soutenir le développement économique. Ces mesures de politique publique doivent être coordonnées rationnellement et la coordination rendue explicite dans un plan général pendant plusieurs années en avant » (Myrdal, 1968-2 : 709).
Il n’est pas besoin de rappeler, non plus, que ces idées étaient déjà appliquées para la Cepal depuis le début des années 1950, et qui elles constituaient l’essence même de ses recommandations aux gouvernements des pays membres par tous les moyens disponibles, notamment par l’entremise des cadres qu’elle formait ou accueillait à Santiago, parmi lesquels Celso Furtado, Maria da Conceição Tavares, Fernando Henrique Cardoso, entre plusieurs noms devenus très connu dans le travail de recherche ou d’économie appliqué aux projets gouvernementaux. D’ailleurs, le Brésil présente, possiblement avec l’Inde, l’une des plus longues, étendues et complètes expériences de planning étatique pour le développement économique dans le monde en développement. C’est peut-être à cause de sa contribution à l’économie du développement que Gunnar Myrdal a gagné le Prix Nobel d’Économie en 1974 (ironiquement partagé avec Friedrich Hayek, que défendait des idées complètement opposées à celles de Myrdal).
C’est aussi une ironie de l’Histoire que les seuls pays à atteindre un degré proche du développement des pays avancés aient été des asiatiques, ceux-là même condamnés à la misère éternelle par Myrdal s’ils ne suivaient ses prescriptions de développement par la voie de la planification intégrale par l’État. C’est une autre ironie du destin que l’Inde n’a vraiment décollé vers la croissance rapide que quand elle s’est finalement décidée à abandonner les recommandations de Myrdal et a commencé à s’ouvrir à l’initiative privée et aux investissements étrangers, en laissant de côté le rôle guide de l’État. Les pays latino-américains, quant à eux, sont restés plongés dans le non développement, dans la croissance médiocre et dans l’inégalité et la pauvreté, tant qu’ils son restés attachés aux idées de Myrdal et de Prebisch. Le seul pays, par ailleurs, qui a suivi un chemin « asiatique », pour ainsi dire, a été le Chili, qui s’est ouvert largement à l’économie de marché et aux échanges extérieurs, sans plus se fier aux économistes de la Cepal (il a été dit que le Chile a suivi l’école de Chicago et le néolibéralisme). Le pays andin, encore siège de la Cepal, exhibe des taux de croissance « asiatiques » depuis la fin des années 1980 et possède un remarquable équilibre fiscal, digne des meilleures recettes de l’OCDE (qui d’ailleurs se prépare à l’accueillir dans le futur immédiat).

Il est temps, donc, de surmonter la fracture idéologique entre les deux écoles dans la sociologie et l’économie du développement – celle qui prône le rôle guide et l’interventionnisme de l’État et celle qui se rattache au libéralisme de marché – en vue d’opérer une convergence philosophique plus que nécessaire en face des leçons que nous avons décelés dans ce travail. Comment établir cette nouvelle synthèse théorique et disciplinaire, tout à fait en accord avec les exigences de l’économie mondiale, celle du capitalisme global ? Cette synthèse passe, vraisemblablement, par l’identification des idées défendues par chacun des courants.
La discussion se déplace alors vers les modèles idéaux de développement (dits idéaux dans le sens weberien d’« idéal typique », non qu’ils soient possibles d’exister en exclusivité ou dans un vide systémique). Ces modèles, même si cela peut paraître une simplification, peuvent être alignés dans deux pôles d’assemblage d’intérêts et de valeurs dans le domaine économique et politique, c’est-à-dire: l’école libérale (qui tend à mettre l’accent sur le pouvoir des marchés) et l’école interventionniste (qui reconnaît le pouvoir des marchés mais qui insiste sur ce qu’ils ne sont pas capables de se corriger par eux-mêmes, ni de distribuer des gains et des pertes de manière équilibrée ou équitable, ayant donc besoin de l’action de l’État). Ce type de manichéisme est évidemment extrêmement réducteur, surtout lorsqu’il s’agit de politiques publiques (macroéconomiques ou sectorielles), terrain dans lequel les gouvernements tendent à être bien plus pragmatiques qu’idéologiques.
Acceptant, cependant, que les gouvernements sont constitués par des personnes ayant des valeurs et des idéologies, susceptibles, donc, de se laisser influencer par les idées politiques d’un quelconque « économiste mort », selon l’expression de l’un d’entre eux, John Maynard Keynes – qui continue à être incroyablement vivant pour nombre de ses disciples –, on pourrait essayer de regrouper ces idées dans le tableau analytique suivant:

Idées et principes en opposition en économie du développement
École Libérale École Structuraliste
Comptes publiques équilibrées Induction à des investissements d’État et privés
Emission monétaire ajustée à la croissance Stimuli fiscaux pour créer des emplois
Propension minimale à des politiques sectorielles Contrôle extensif sur des secteurs stratégiques
Sans barrières à l’entrée de concurrents Régulation intrusive et choix de vainqueurs
Peu de régulation et compétition ouverte Grand nombre de règles et fiscalisation active
Système tributaire simple et modéré Impôts “correcteurs” à des fins distributifs
Taux d’intérêts de marché, le plus possible libres Régulation monétaire à des fins “inductifs”
Indépendance de la Banque Centrale Soumission de la BC aux buts du gouvernement
Taux de change flottant, libre convertibilité Taux de change administré, restrictions aux flux
Libre circulation des capitaux Contrôle à l’entrée et sortie des capitaux
Liberté complète sur le marché du travail Législation contraignante, droits collectifs
Absence de restrictions au capital étranger Règles strictes, selon l’intérêt national

Ce type de confrontation idéologique – même si présentée de manière caricaturale et délibérément manichéiste au tableau ci-dessus – demeurera en vigueur, vraisemblablement, dans l’avenir prévisible, puisque nous sommes tous, encore, des prisonniers d’un économiste mort, quelque soit l’école à laquelle il appartient. Mais, en vérité, aucun gouvernement – sauf un particulièrement stupide – n’applique à l’état chimiquement pur une ou diverses recettes de politique économique tel qu’elles ont été présentées dans ce tableau. En fait, certains gouvernements, commandés par des caudillos sauveurs et orientés par un économiste ‘éclairé’, peuvent prétendre ressusciter la ‘théorie de la valeur’, qui n’a aucun valeur pratique dans la conduction effective de la politique économique : les résultats plus prévisibles peuvent être le démantèlement de l’économie de marché, la fuite de capitaux (à commencer par les nationaux), des contrôles extensifs et croissance médiocre, en plus d’inflation et destruction de la monnaie nationale.
Dans tous les autres cas, cependant, le pragmatisme tend à prévaloir, avec une combinaison la plus possible intelligente de “recettes” de l’une ou l’autre école, selon les besoins et convenances du moment. Les circonstances peuvent rendre les hommes – y compris les hommes publics – un peu plus intelligents qu’ils n’étaient au début de leur processus d’apprentissage, mais il faut croire, aussi, qu’une bonne formation académique (avec un accent particulier sur la culture historique et un peu d’entrainement économique) peut aider dans la tâche de bien administrer un pays.

[Brasília, 30.06.2009]



Références bibliographiques :
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Prado Jr., Caio, 1949. História Econômica do Brasil. 2ème édition, São Paulo: Brasiliense.

569) Brazil and Non-Intervention: Paulo R Almeida

Non-Intervention: a political concept, in a legal wrap
A historical and juridical appraisal of the Brazilian doctrine and practice

Paulo Roberto de Almeida
PhD. in Social Sciences, University of Brussels, career Diplomat.
(September 2009)

Summary:
1. Non-intervention in domestic affairs as an old Westphalian principle
2. The Calvo Doctrine in its historical context: the Droit des Gens in 19th century
3. Pan-American affairs and European intervention: the case of Venezuela, 1902
4. The Roosevelt Corollary and its political consequence: the Drago principle
5. Brazil’s defense of sovereignty at the Second Hague Peace Conference, 1907
6. Inter-American Juridical Committee: its contribution to international law
7. Reconfirmation and evolution of the Brazilian position on non-intervention
8. Non-intervention as a test case: the bipolar age and the Cuban affair
9. Another test case: intervention in the Dominican Republic, 1965
10. Contemporary manifestations of Brazil’s conception of non-intervention

Abstract: Since the inception of its national State and the consolidation of professional diplomacy in the early 19th century, Brazil has consistently adhered to the doctrine of non-intervention, as well as to the clause of self-determination. These are two of the most enduring principles defended by Latin American countries, in the face both of real or supposed threats of European interferences in their internal affairs, and of the more concrete intervention by the U.S., armed or diplomatic against immediate neighbors in the Caribbean and Central America. Notwithstanding, Brazil was either a victim or perpetrator of violations against those principles, having been subjected to abuses by Great Britain in connection with slave traffic. Indeed, Brazil also intervened in the internal affairs of its neighbors, including Argentina, Uruguay and Paraguay. During most of the 20th century, Brazil was a staunch defender of the principles of national sovereignty and non-intervention, as well as of the absolute sovereign equality of all nations, as defended by its delegation at the Second Hague Peace Conference (1907). But Brazil was also involved, both voluntarily and involuntarily, in some paradigmatic cases in the region, such as Cuba’s expulsion from the OAS due to its support of guerrilla groups in neighboring countries. Moreover, Brazil had its own participation in the American armed intervention in the Dominican Republic (1965), and, lastly, in the case of the UN mission for the stabilization of Haiti (Minustah), which some equate with interference. Finally, recent diplomatic initiatives from Brazil towards other poor countries have been identified with a behavior of ‘non-indifference’, which is said to be a reverse complement of the non-intervention principle. A final appraisal is that non-intervention may be a juridical concept, but its effective usage has been thoroughly political and selective.
Key words: Non-intervention. Brazil. Inter-American Affairs. Sovereignty.

1. Non-intervention in domestic affairs as an old Westphalian principle
Non-intervention is as old as the sovereign nation-states system established by the Peace of Westphalia of 1648. Since then, it has been developing conceptually and through the practice of modern States, in direct connection with the principle of self-determination. In its contemporary form, the concept appears in a consolidated form in the UN Charter (1945), which, despite its alleged coverage of with the “peoples of the United Nations”, is entirely respectful of the rights of the member states, who are totally sovereign in matters of internal politics (Chapter 1, articles 1 and 2).
Notwithstanding being established as a principle in international law, it was never respected by the big powers in their colonialist and imperialist initiatives throughout the ages. This is, perhaps, one of the reasons why it constituted a main tenet of the juridical thinking worked out in Latin America since the early 19th century. Threats of European intervention after the new independence of the Iberian American States; British economic hegemony over the entire continent and its meddling in political conflicts in many occasions, the rise of the United States as a dominant power at the end of that century, are factors that explain the development by Latin American jurists of new concepts out of the old Westphalian principle. The challenge here was to wrap the economic and political interests of the region’s countries all of them debtors, under a legal cloak designed to serve their State purposes.

2. The Calvo Doctrine in its historical context: the Droit des Gens in 19th century
This was notably done by the Argentine diplomat and legal scholar Carlos Calvo, in his book Le Droit international théorique et pratique, précédé d’un exposé historique des progrès de la science du droit des gens (Paris: Durand et Pedone-Lauriel, 1868). The question was raised in connection with unpaid debts or indemnities of Latin American states vis-à-vis foreign lenders, and the legal treatment of the conflicts arousing there from. The goal was to defend the interests of the indebted governments facing possible judicial prosecution in creditor countries or, worse, open diplomatic intervention, which could be as harsh as armed punitive expeditions (usually by gun-boats). The so-called Calvo doctrine suggested the inclusion in the debt contracts of a clause stating the competence of national courts to settle the conflicts arising from those possible claims in case of default. (See “Calvo Doctrine”, Encyclopædia Britannica Online, 02 Jul. 2009 .)
At that juncture in history, Brazil was a regular player in the financial market, having designated the Rothschild house of London as its official financial agent abroad, and thus contracting each one of its several borrowings abroad – under the traditional form of emission of sovereign bonds – with the British branch of this old financial company. Brazil never defaulted during its monarchic regime (1822-1889), but did consolidate some of the maturing debts into new emissions of sovereign bonds, and so Brazil did not felt the need to make explicit its adherence to the Calvo doctrine. Nonetheless, it surely accepted, and practiced, the principle of exhaustion of local judicial remedies in case of legal proceedings. This relates to the fact that Brazil was subjected to an extra-territorial procedure in respect of British subjects – a legal equivalent to the unequal (capitulation) treaties imposed by big powers upon semi-colonial nations. This régime prevailed since Brazil’s status as a Portuguese colony, a situation endured up to 1844, when the government denounced the humiliating system. For China, for instance, the unequal treaties imposed upon the Middle Empire by Great Britain at the time of the Opium wars – and later by other Western imperialist power – only came to be declared extinct in 1943, when the Republic of China was an ally of the Western powers against the Japan in the Pacific scenario of World War II.

3. Pan-American affairs and European intervention: the case of Venezuela, 1902
Much later, following retaliatory measures adopted by some European powers against the defaulting government of Venezuela, the Argentine foreign minister, Luis María Drago, proposed in 1902 a follow-up to the Calvo doctrine, proclaiming the illegality of the use of force, or armed intervention, in cases involving public debt. In doing so, he invoked the Monroe doctrine, proclaimed eighty years earlier by the American president in order to prevent any European intervention in hemispheric affairs. Incidentally, his 1823 proclamation to the American Congress was supported by Great Britain, which at that moment was interested in barring the old colonial powers or the Holly Alliance from any attempt at a new colonization in the Americas.
Latin American countries later became alarmed, not only by the real or supposed European threats, but also by the actual and growing use of force by the United States against surrounding neighbors in the Caribbean and Central America, practices that started even before the Spanish-American war of 1898. Victory in that was by the United States resulted in the independence of Cuba (and, by the 1910 Platt Amendment to its 1902 Constitution, the submission thereafter of the Caribbean island under a kind of American guardianship or protectorate).

4. The Roosevelt Corollary and its political consequence: the Drago principle

At that moment, the United States were in fact engaged in a substantial revision of the Monroe doctrine, as president Theodore Roosevelt intended to reserve to his own country the right of intervention in Latin American affairs. Albeit confirming adherence to the Monroe doctrine, Roosevelt, in his December 1904 message to the Congress, declared that “chronic wrongdoing” by neighboring countries -- which could mean unwillingness to “pay [its] obligations” – might “require intervention by some civilized nation”, thus forcing the United States, “however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to exercise of an international police power.”
This had the effect of reinforcing the adherence of Latin American countries to the Drago principle, which was largely reflected in the 1906 Pan-American Conference of Rio de Janeiro, where most Latin American countries sided with the thesis of the Argentine foreign minister. That is, they all requested from the United States a firm, legal and written commitment to not interfere in their internal affairs However, the Big Brother from Norte America was not yet prepared to fully endorse the principle of non-intervention, as required by its Latin American neighbors.
Brazil tried to mend the fence. There were political reasons for Brazil to adhere to a modified, American version of the Drago doctrine. One of these reasons was the desire of the then Minister of Foreign Affairs, Baron Rio-Branco, to establish a joint condominium with the United States to rule over the entire Western hemisphere, in a kind of ‘unwritten alliance’ (See E. Bradford Burns, The Unwritten Alliance: Rio Branco and Brazilian-American Relations. New York: Columbia University Press, 1966). Though aware of Brazilian limitations, at a juncture when Argentine was the richest country in Latin America, Rio-Branco sensed the need to establish a fraternal relationship with the United States, the giant of the North in order to manage the lingering animosity of neighboring countries toward the giant of the South.

5. Brazil’s defense of sovereignty at the Second Hague Peace Conference, 1907
The subject was raised again at the Second Hague Peace Conference, in 1907, where the question of debt recollection by States and the ensuing Drago doctrine on non-intervention, as well as the non-use of force were raised again. This occurred against a background of virtual opposition between, on one side, the European diplomats and the U.S. delegation headed by Porter, and, on the other side, the “Drago doctrine countries”. At that conference, Brazil, considering itself to be a ‘good debtor’, kept a middle-course stance, trying at the same time to placate its neighbors’ fears, and to adopt an accommodating position toward the American and European thesis.
In a speech delivered in July 23, 1907, the Brazilian head of delegation, the eminent jurist Ruy Barbosa, explained the official position as such: “The intervention of the three powers against Venezuela received no approval from anyone among us. (…) We do not deny the obligation to repay… But, some consider that they will not be obliged to comply, unless, under their own advice, they have the means to do so. In this case, however, there is no juridical obligation, but solely a moral duty. (…) This is not the theory of the sovereign right; this is sovereign abuse. If applied to the domestic life of the States, it would abolish the legal order, and it would do the same if applied to international relations. (…) What the American proposal does is to reduce international conflicts regarding debts of foreign States to the common right of compulsory arbitration. It does not repeal, providing the arbitration ends in failure, the legitimacy of the appeal to coercive means to support the right of the creditors.” (Cf. Antonio Augusto Cançado Trindade, Repertório da Prática Brasileira do Direito Internacional Público: Período 1899-1918. Brasília: Fundação Alexandre de Gusmão, 1986, p. 48-51.)
Notwithstanding its intention to reconcile the use of force against debtors with the appeal to compulsory arbitration to settle disputes regarding external debt, the Brazilian delegation could not join other countries in the adoption of a modified version of the Drago doctrine, in the form adopted as the Porter (Second) Convention on the Limitation of the Employment of Force for the Recovery of Contract Debts. The objection was more of a procedural than substantive nature, as Brazil had some qualms about the functioning of an arbitration system under the hegemony of great powers (and their dominance over the selection of judges).
Article 1 of said Convention stated that the Contracting Powers “agree not to have recourse to armed force for the recovery of contract debts claimed from the Government of one country by the Government of another country as being due to its nationals.” But it also stated, right afterwards, that “This undertaking is, however, not applicable when the debtor State refuses or neglects to reply to an offer of arbitration, or, after accepting the offer, prevents any compromise from being agreed on, or, after the arbitration, fails to submit to the award.” (See the full text of this convention at the Avalon Project of Yale Law School; available at: http://avalon.law.yale.edu/20th_century/hague072.asp; access July 2009.)
I n the end, from the 14 conventions negotiated at The Hague, Brazil did not sign that second one – dealing with the collection of contract debts – and the 12th – establishing an International Prize Court. In fact, Brazil only agreed to the first convention, creating the Permanent Court of Arbitration, after an explanation about the absolute equality of sovereign states and the designation of its judges. (Message from the Brazilian president to the Congress, May 3, 1908, regarding the conventions signed at the II Peace Conference. In: Câmara dos Deputados, Mensagens Presidenciais, 1890-1910. Brasilia: Centro de Documentação e Informação da CD, 1978, p. 613-615.) The Brazilian refusal was explicitly linked with the absolute principle of sovereign equality of all States, but the Brazilian jurists were always trying to strike a balance between the rights and duties of every State.

6. Inter-American Juridical Committee: its contribution to international law
At the Third Inter-American Conference of Rio de Janeiro, in 1906, an International Commission of Jurists was created, with representatives from almost all American countries. Its work was mainly directed toward the codification of international law (public and private), which was to guide relations among its member states. After a series of sub-commission workshops and other regional specialized meetings, in the various capitals of the Hemisphere, its prolific work was consolidated in various inter-American treaties or conventions adopted at the Havana conference of 1928, dealing with: Status of Aliens, Treaties, Diplomatic Officers, Consular Agents, Maritime Neutrality, Asylum, Duties and Rights of States in the Event of Civil Strife, and Extradition (this last one at the Montevideo conference, in 1933). On private international law, their work produced an entire code, named the Bustamante Code, still valid. (See Antonio Paulo Cachapuz de Medeiros, “Special Meeting of the Permanent Council marking the Centennial of the Inter-American Juridical Committee (CJI)”, document CP/INF 5326/06, 29 March 2006.)
Up to that juncture, that is, the beginning of the 1930s, pursuant to the spirit and the practice of the Roosevelt Corollary, the American government was very reluctant to recognize as legitimate the demands from Latin American countries for assurances of non-intervention in their internal affairs from their biggest hemispheric neighbor. At most, Washington started to sign with its neighbors and many other countries a series of ‘pacifist treaties’ conceived by Secretary of State William Jennings Bryan (1913-1915), by which the U.S. only agreed to solve by pacific means conflicts arising with other States, either by direct negotiations between the parties or by means of arbitration.
The guarantees sought by Latin American countries were only formally given – but just as unilateral declarations, not in the form of a legally binding treaty – when president Franklin Delano Roosevelt proclaimed the so-called ‘Good Neighbor Policy’, starting in 1933 under Secretary of State Cordell Hull. But this new orientation in the American policy for the region was guided much more by the U.S. intention of preventing foreign intrusion from the Nazi-Fascist powers of Germany and Italy in the region than by the desire to please Latin American countries.
Brazil had always taken an active part in the work of the International Commission of Jurists, later transformed into the Inter-American Council of Jurists, helping to draft many of its codes and conventions. With the creation of the Organization of American States (OAS), in 1948, the Council had its name changed to become the Inter-American Juridical Committee, the main body for the discussion and proposals of legal matters in the Hemisphere, together with the Inter-American Commission on Human Rights (1959) and the San José Inter-American Court of Human Rights (created in 1969, effective since 1978).

7. Reconfirmation and evolution of the Brazilian position on non-intervention
Since the Second Hague Peace Conference, in 1907, Brazil has stuck firmly to the main theses of Ruy Barbosa and his speeches concerning the sovereign equality of nations and non-intervention or the use of force in inter-State relations. Among the many positive results from that conference, Barbosa recognized the mitigation of the recourse to war, the codification of the neutrality principle, and improvements in the arbitration system. According to him, the second conference “showed to the strongest States the relevant role of the weakest in the construction of the international law (Droit des gens). It advanced the basis for international pacification, stating clearly that, in an assembly convened to organize the peace, it could not be possible to arrange the votes in accordance with the preparation of the States for the war.” (Cf. Trindade, Repertório, op. cit., p. 67).
However, despite the resolute defense of an absolute concept of national sovereignty and the real and total -- that is, juridical -- equality of all States, some ambiguities remained in the Brazilian position regarding non-intervention, as revealed in subsequent conferences. During the debates over the principle of non-intervention at the Second Commission (International Public Law) of the Sixth International American Conference (Havana, January-February 1928), the Brazilian delegate (and later twice Foreign Minister, the jurist Raul Fernandes) stated the official position regarding the codification of international law. He registered, first the agreement of the American delegation with two subsequent proposals: one, recognizing, the right of States to a complete independence, without intervention or interference of other States in their domestic affairs; the second, their duty to not violate other States’ rights. But he also indicated the understanding of some jurists – among them, one Brazilian, Lafayette Rodrigues Pereira, author of a 1902 book on Principles of International Law – according to whom the traditional Droit des gens would admit the intervention or the interference in the internal affairs of other States if the action had to be taken, on legitimate grounds, in self defense of the intervening State.
Nevertheless, attempting to avoid the division of the American countries in two opposing and antagonist fields, and taking into account that the conference was convened to promote the codification of international law, not to propose new concepts or principles – and legitimate defense would be such a new right, eventually authorizing intervention, or, in extreme cases, war – the Brazilian delegate agreed to the postponing of the whole matter for a future conference. (Cf. Antonio A. C. Trindade, Repertório… Período 1919-1940. Brasília: Fundação Alexandre de Gusmão, 1984, p. 46-47.)
The justification for such an accommodating position was the Brazilian desire to contemplate all positions under discussion, that is, helping to not isolate the United States from the whole opposing side of Iberian countries. According to this reasoning, Raul Fernandes declared the Brazilian willingness to “accept any text that expresses in an adequate form our national thinking to honor the sovereignty of nations, either by preserving them against undue incursions, or by inciting them not to violate or restrict foreign sovereignty. The formula suggested… offers the basis for a general agreement, as it consolidates the two faces of the principle in cause [non-intervention], stating simultaneously the supreme right and the supreme duty of nations”. (Idem, p. 53.)
The question was raised again during a meeting of the Expert Commission for the Codification of International Law, at the Eighth American International Conference (Lima, 1938), when the Brazilian delegation, headed by Hildebrando Accioly, had the opportunity to make clear the Brazilian position: “Brazil considers that one must absolutely condemn the appeal to armed force for the collection of public or contract debts, or the use of force to support claims of a purely or exclusive pecuniary origin; but, if an international controversy arises on those matters, which cannot be solved by ordinary diplomatic means, the debtor State shall have no right to refuse the appeal to arbitration or to a ruling of the International Court of Justice”. (Idem, p. 48.)
This stance was rendered more explicit as follows: “1st, We frankly condemn the coercive collection of public or contract debts; 2nd, We agree that the losses incurred by Foreigners as derived from pecuniary affairs with individuals or from contracts with the State shall only be object of a diplomatic intervention in case of denial of justice; 3rd. We admit that the obligations arising from the external debts of a State shall not be submitted to a diplomatic claim before the total failure of direct negotiations between creditors and the government or the agents of the government of the indebted State; 4th. But we understand that, if in any of those cases, a conflict arises between the indebted State and the State of the creditors, and if such a conflict cannot be settled by the usual diplomatic means, the indebted State shall have no right to extract itself from an appeal to an arbitration or a judicial solution.” (Idem, p. 48)
It is noteworthy that, at that juncture, and differing from its behavior during the 19th century and the early republic, the Brazilian State had already defaulted twice on its external debt (in 1931 and 1937), that it applied a technical moratorium on its foreign obligations and was trying to force its external creditors to admit some kind of pecuniary compensation for a waiver in its insolvency situation. The completion of the bilateral negotiations with external creditors would not occur before 1941 and 1943, and up to this time Brazil was trying to adjust its arguments to the actual cases confronting it. At the same meeting, discussing exclusively the question of pecuniary claims, the same jurist stated a convenient distinction:
“It is important to add that we consider convenient to establish a distinction between the non payment of public debts and the disruption of ordinary contractual obligations. In the first case, the non compliance with the obligation could be justified by a real and honest financial incapacity, deserving consideration from the external creditors, not only because the Foreign government, in contracting such a lending, did not engage in direct relations with them, but also, especially, because they, in buying the bonds of such a lending, should be aware of the risks incurred by that business. Obviously, this justification shall not apply under a hypothesis of fraud or bad faith of the insolvent government.
“The case with ordinary contractual obligations is different, in the sense that the government, as if it was an individual, engaged in direct relations with known and certain people, and those persons trusted the committed word. This does not imply that the sole non-compliance with the obligation justifies a diplomatic intervention. This should be preceded by the denial of justice, or, at least, by the exhaustion of permitted recourses of the domestic law.” (Trindade, op. cit., period 1919-1940, p. 48.)
In yet another case, of a political nature, the Spanish Civil War, the Brazilian government refused a suggestion to offer collective mediation by the American countries in the conflict between the governmental Republicans and the nationalist rebels. Responding by a diplomatic note to a consultation by the Uruguayan government, the minister of Foreign Affairs stated, in 1936: “The Brazilian government has no desire, whatsoever, to meddle itself in any case in internal conflicts of any foreign country. Besides, in this case, to have a mediation as such, there should be previously a recognition of the belligerent state of the rebels, because the contrary would mean an intervention in the domestic life of Spain”. (Cf. Ministry of Foreign Affairs Report for the year of 1936, Annex A, document 5, p. 33.)

8. The non-intervention as a test case: the bipolar age and the Cuban affair

At the very inception of the contemporary system of international relations, with the creation of the United Nations, Brazil reinforced its juridical attachment to the introduction of the principle of non-intervention as a legally binding obligation of the member States. Reporting on the participation of the Brazilian delegation to the San Francisco conference, in April-June 1945, its head, Ambassador Leão Velloso, stated proudly: “Among the twenty amendments presented by the Brazilian Delegation, one is specially noteworthy, that related to the principle of non-intervention in the internal and external affairs of any country, already consolidated in the Conventions of Montevideo [1928], in the Protocol of Buenos Aires [1933] and in the Lima Declaration [1938]. (…) The Brazilian delegate who presented it at the competent technical committee had the satisfaction to see the adoption of the principle of non-intervention in one of the amendment to the Dumbarton Oaks proposals. In the same manner, we had the pleasure to see the incorporation into the Charter text of the principles that we also upheld and that refer to human rights, to freedom, including freedom of religion, and equality of races and gender”. (Cf. Report of the Brazilian Delegation to United Nations Conference for an International Organization, 1945, p. 14)
This principle would sustain some turbulence in its practical application in later years, arising from the polarization of the world scenario with the Cold War, the growing bellicosity of the Soviet Union and its concrete manifestations in Latin America. From the very start, Brazil was especially cooperative with the United States in the approval of the par excellence instrument of the Cold War in Latin America, that is the Inter-American Treaty on Reciprocal Assistance (TIAR), approved at a conference in Petropolis, Rio de Janeiro, in 1947, which would offer the conceptual basis for the signing, two years later, of the Washington treaty creating the North Atlantic Treaty Organization (NATO). Both of these treaties were founded on the notion of collective security and continental solidarity in case of any attack against any one of the parties of the treaty. The explicit target of both instruments was the Soviet Union and its attempts of subversion in Latin America and Europe, the latter with a more militaristic character.
The real test for Brazil arose at the time of the Cuban affair, even before the dramatic events of the Soviet missiles in the island, in September-October 1962. Very early in the radicalization of the Cuban government and its manifest inclination toward a Socialist model of society, Fidel Castro and Ché Guevara, among other Cuban leaders, started to support guerrilla movements in some Central and South American countries, among them Venezuela – then a perfect democratic State. This provoked the interpellation of the Cuban government at meetings of the Organization of the American States. Already in August 1960, a consultative meeting of the OAS held in Costa Rica approved a resolution against the covert operations and the interference of the Cuban government inside other member States.
Subsequently, accompanying the disastrous invasion of Cuba by anti-Socialist rebels, in April 1961, Fidel Castro declared Cuba’s adherence to the Marxist-Leninist doctrine, and his intention to build up Socialism in the Caribbean island. Shortly afterwards, the Venezuelan government raised the question of Cuban intervention in its internal affairs, but the revelation that Soviet and Chinese weapons were being smuggled through Cuba to those guerrilla groups allowed for the USA to invoke the 1947 assistance treaty, to resist ‘foreign aggression’.
During the discussions held at the extraordinary consultative meeting of American Ministers of Foreign Affairs, in Punta del Este, early in 1962, the Brazilian delegation, at that moment representing a government that was leaning towards a non-aligned position – defined as an ‘independent external policy’ – kept a very legalistic stance in regard to the accusations that the Cuban government and its interference in other countries’ internal affairs represented a menace to the democratic regime and the inter-American system. The process thus evolved towards the consideration of the compatibility of the Cuban regime with the principles and values of the OAS, as written in its foundation charter and also expressed in the Petropolis treaty, this one more concerned with security affairs.
The Brazilian delegation responded to American arguments remarking that the OAS charter did not authorize the expulsion of any member country on grounds that its government was not democratic. The delegation added that it would be better to keep Cuba inside the OAS as a form of pressure. In the end, the U.S. had no clear majority for a winning vote, and the position of the Haitian government had to be reverted to ensure the required number for the expulsion. Technically, in fact, Cuba was not expelled from the OAS: in Punta del Este, the sole decision taken was the ‘suspension’ of its government from the ‘right’ to participate in the meetings and activities of the inter-American organization, a measure recently cancelled unanimously by the member States at the Honduras meeting, in June 2009. Bizarre enough, the Cuban government has never, afterwards, complied with the non-intervention requirements defended so strongly by most of Latin-American countries – since it has continued its support for guerrilla movements in many of those countries – and does not nowadays comply, with the 2001 OAS Democratic Charter, with far tighter requirements to observe, before being again readmitted in the inter-American family.

9. Another test case: intervention in the Dominican Republic, 1965
The political crisis in the Dominican Republic occurred shortly after the military coup that in 1964removed from power Brazilian the president João Goulart, accused of sympathy for Communism. The coup installed a military regime, with the active support and the empathy of the U.S. government. Brazilian involvement – and the sending of troops in 1965, formally under the banner of the OAS, (approved in accordance with provisions of the Reciprocal Assistance Treaty of 1947) in an internal conflict in which Brazil had no interest whatsoever, can thus be seen as a kind of political payoff for the American engagement in favor of the Brazilian military in 1964.
As the American initiative took place – allegedly to rescue American citizens and other foreigners caught in the middle of a civil war in the Dominican Republic, but soon, in fact, aimed to guarantee the victory of their political allies in the violent conflict that followed a coup d’état against an elected social-democratic president. Only two other dictatorships joined the U.S. in the decision to send troops to calm down the social unrest and the political strife and to try to reestablish normalcy in the eastern half of the Hispaniola: Paraguay and Haiti. All other countries, among them Chile, Mexico and Uruguay, condemned the interference, in fact the violation committed by the U.S. government, of inter-American treaties and protocols.
Indeed, not only had the US violated the non-intervention clause of the OAS charter, but also they actually disembarked their first troops without ever consulting or even informing the OAS: they knew, of course, that the OAS would not endorse their action and therefore preferred to impose a fait accompli. What other countries chose to do, among them Brazil, was to offer a political solution to save the face of the U.S. government and engage a compromise solution under the banner of a multilateral peacekeeping force.
Thus, what started as a unilateral American intervention had to be transformed into a regional peacekeeping action. In May 1965, OAS Council approved the formation of an inter-American peace force consisting of U.S. forces already present in the field, and providing logistical support for Latin troops sent to replace them. In the end, military contingents from six Latin American nations, among them Brazil, joined the Inter-American Peace Force in partial replacement of American troops (other countries were: Honduras, Paraguay, Nicaragua, El Salvador, and Costa Rica). Brazil contributed the largest Latin contingent, an entire infantry battalion (1,130 men) and was the only Latin nation to provide its own logistical support. One year later, an OAS Meeting of Foreign Ministers called for the gradual withdrawal of its only-ever peace force. (Cf. Major Lawrence M. Greenberg, U.S. Army, “The 1965 U.S. Dominican Intervention”, Naval Historical Center, 24 February 2003; available at: http://www.history.navy.mil/colloquia/cch2d.htm.)
The initiative of the Brazilian military government to participate in the American intervention constituted, of course, a political endorsement for U.S. unilateralism, and, besides that, a clear breach in the more than a century-old juridical traditions of Brazilian diplomacy. For the first time in a century, since the end of the so-called war of the Triple Alliance – when Brazil aligned forces with Argentina and Uruguay to respond to military attacks to its territory, started by the Paraguayan dictator Solano Lopez after Brazil’s meddling into Uruguayan internal affairs – Brazil abandoned its natural reluctance to intervene in its neighbors’ domestic politics and exhibited a limited exercise of big power politics. The Dominican intervention would not been the sole example of Brazil’s negation of its own doctrine, even if it was the only time that Brazil served another country’s interests, in this instance the U.S.
The American decision to resort again to military intervention in Latin America gravely damaged the political scenario across the Hemisphere: US unilateral interference in internal affairs of Latin countries destroyed whatever gains provided earlier by Roosevelt’s Good Neighbor Policy and, in the more recent past, John Kennedy’s Alliance for Progress. Needless to say that Latin American countries were confirmed in their worst fears concerning unilateral intervention by the U.S. in the region, a situation that would be repeated, later, in Chile (1973), in Grenada (1983) and in Panama (1989), during Nixon’s, Reagan’s and Bush father’s mandates respectively, the first two due to alleged Communist threats, the third owing to drug-trafficking.

10. Contemporary manifestations of Brazil’s conceptions on non-intervention
At the height of the military regime (1964-85), Brazil continued to proclaim, in international and regional fora, its staunch attachment to the principles of non-intervention and self-determination, especially when questioned over some gestures made by the same military regime in direction of progressive governments in the region, for instance in Bolivia and Chile: the political and logistical support for the coup against the Allende government, in 1973 was surely the most dramatic of the series. Indeed, Brazil seconded the U.S. government in the covert actions that led to the violent toppling of the Chilean Socialist president, but did not hesitate to take first roles in the case of leftist developments in neighboring countries, such as Bolivia (the coup against leftist general Torres) and Uruguay (just to embark political refugees).
The Condor Operation files, being gradually released through the US Freedom of Information Act by the National Security Archives, of George Washington University, carry some documentation related to Brazilian involvement in military coups and covert actions against leftist militants in the Southern Cone. Thus, the ritual proclamation of official adhesion to those principles was just for diplomatic consumption, as in practice they were deliberately ignored under the circumstances of the ‘dirty war’ against oppositionists. Of course, Brazil did not countenance savage executions on such a grand scale as those carried out by the Chilean and Argentine dictatorships, but the cross-border operations conducted all around the Southern Cone, at the heaviest times of the political repression, made a mockery of those principles.
Conversely, when called into question over human rights affairs and other political matters deemed sensitive by the military, the regime reacted angrily and dismissively, automatically invoking the same principles that it was eventually infringing with its iron-hand diplomacy in the Southern Cone. That was the case when the U.S. government presented a report on human rights and the democratic situation in Brazil in 1977, a requirement that the U.S. Congress instructed the American executive branch to publish each year, in connection with US military assistance abroad. The Brazilian foreign ministry issued a note in March 1997, rejecting the US document, stating that it “constituted a violation to the principle of non-interference, which both governments subscribed to, in signing the UN and the OAS charters”. On the same date, the Brazilian government informed that of the U.S. that Brazil was denouncing the bilateral treaty on military assistance and refusing the inclusion of Brazil in that program. (Cf. Trindade, Repertório da Prática Brasileira… Período 1961-1981. Brasilia: Fundação Alexandre de Gusmão, 1984, p. 72-73).

Following re-democratization, which started in 1985, Brazil returned to a more traditional line in respect of the principle of non-intervention, adjusting the practice to the old doctrine. Brazil joined most of the UN or regional conventions and instruments on human rights and humanitarian affairs, accepted the jurisdiction of the San José Court, and, most importantly, for a country so jealous of its sovereign rights and national jurisdiction, adhered to the International Criminal Court of The Hague (Rome Statute). In a certain sense, there was no innovation regarding the interpretation and use of the concepts, which corresponded to a strictly legalistic acceptance and enforcement of their substantive content.

Nevertheless, more recently, starting with the government of Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2010), Brazil engaged in a new concept of non-intervention, still a basic ‘principle’ of Brazilian diplomacy, but coupling it with an ‘attitude of non-indifference’. This was explicitly stated in connection with regional diplomacy, but was said to be valid also for other ‘southern partners’. As declared by president Lula in a conference held in Beijing, during a state visit in 2004, “the growing closeness and consolidation of Brazilian relations within the region call attention to the instabilities within the countries of the continent, and require a more attentive follow-up by the Brazilian government, which is guided by the principle of non-intervention, but also by a stance of ‘non-indifference’” (Lecture at the University of Beijing, May 25, 2004; In: Ministério das Relações Exteriores, Secretaria de Planejamento Diplomático, Repertório de Política Externa: Posições do Brasil. Brasília: Funag, 2007, p. 19). Again, in his inaugural speech at the UN General Assembly in the same year, Lula declared that “we do not believe in interference in the internal affairs of other countries, but neither do we retract in omission or indifference in face of the problems that affect our neighbors.” (Speech at 59-UNGA, New York; idem, loc. cit.).
The explicit postures of the minister of Foreign Affairs, Celso Amorim, went along the same line in his inauguration speech of January 2003, when he declared: “We shall respect, zealously, the principle of non-intervention, in the same way that we will control its respect by other countries. But we shall not refrain from giving give our contribution to the solution of conflictive situations, whenever invited to do so, and when we consider that we could play a useful role, taking into account the primacy of democracy and constitutional legality.” (Amorim speech, January 1st, 2003; ibidem, p. 40)
In the ‘Strategic Guidelines’ for the Ministry of Foreign Affairs”, inserted in the National Multi-annual Plan (PPA) for 2008-2011, it is stated that Brazil, in connection with its regional integration policy, “fully respects the choices of its neighbors and does not interfere with the sovereign right of other countries to find solutions for their problems. It stands available, in the same way, to cooperate with friendly countries confronting situations of political or social crises, whenever it is called to do so and in accordance with its possibilities.” (Document from May 4, 2007; ibidem, p. 42).

In fact, confirming that the use or application of that principle is essentially political, Brazilian leaders, starting with the president himself, have often intervened in the internal affairs of other states by proclaiming their preferences in electoral disputes and choices in economic policies. Even before the inauguration of the newly- elected Lula government, at the end of 2002, Workers’ Party (PT) leaders forced the incumbent government of Fernando Henrique Cardoso to come to rescue president Hugo Chavez of Venezuela, then at grips with a national strike touching especially the state oil company, PDVSA, ordering Petrobras to supply gasoline and other products to the embattled Bolivarian leader. A few months after taking office, president Lula openly stated its support for Nestor Kirchner, one of the candidates in the Argentine presidential elections in May 2003. He again declared his preferences for certain “progressive” candidates in the elections in Chile, Uruguay and Bolivia, and even in France, not to mention the reiterated support to Chávez in every plebiscite or electoral consultation called by the Venezuelan colonel. In the same manner, Lula has no qualms in recognizing that his international advisor, an apparatchik of the Workers’ Party, has as one of his main tasks to establish relations ‘with progressive’ and leftist parties of the region: in fact, the same official is one of the founding fathers of the Forum of São Paulo, a coordinating mechanism for the Latin American leftist parties, intimately linked to the Cuban leaders and their policies.
One of the last ‘interferences’ in the internal affairs of other countries was Lula’s open and rapid endorsement of the obvious rigged election of Iranian president Mahmoud Ahmadinejad. Shortly after that, he ordered the Brazilian diplomacy to act decisively in favor of the deposed president of Honduras, Manuel Zelaya, and in the formation of a political blockade against the interim government that took power after a political crisis in the Central American country. Other examples abound about the political, and somewhat arbitrary use of the concept of non-intervention by current Brazilian diplomacy, starting with the civil war in Colombia and the Brazilian refusal to condemn the FARC’s resort to terrorist tactics in the Andean country. The Colombian military attacks to a FARC refuge site in the borderland with Ecuador was severely condemned by the Brazilian government, but not so the logistical support given by Venezuela and Ecuador officials to the guerrilla group.

In the end, non-intervention continues to be a political concept wrapped in juridical terms, but mistakenly considered as a pure expression of the most binding principles of international relations. Most countries pay lip service to the concept, at the same time as they seek to influence (in a mild manner) or to determine (in an old imperialistic fashion) the internal affairs of other countries, so as to gain some type of political or economic advantages. In the case of Brazil, despite a continuing formal adherence to the principle, its invocation and use has been thoroughly political and selective. Nothing really new under the sun…


Resumo: Desde a inaguração do Estado nacional e a consolidação da diplomacia profissional, no início do século 19, o Brasil aderiu de maneira consistente à doutrina da não-intervenção, bem como à cláusula de autodeterminação. Estes são dois dois princípios mais duradouros defendidos pelos países latino-americanos, face não apenas a ameaças supostas ou reais de países europeus em seus assuntos internos, countries e de intervenções reais,a ramadas ou diplomaticas, dos EUA, contra seus vizinhos imediatos da América Central e do Caribe. A despeito disso, Brasil foi seja vítima ou perpetrador de violações desses princípios, tendo sido sujeito a abusos por parte da Grã-Bretanha em relação ao tráfico escravo. De fato, o Brasil também cometeu intervenções nos assuntos internos de seus vizinhos, incluindo a Argentina, o Uruguai e o Paraguai. Durante a maior parte do século 20, o Brasil foi um forte defensor dos princípios da soberania nacional e da não-intervenção, assim como da igualdade absoluta de todas as nações, como definido por sua delegação na Segunda Conferência da Paz da Haia (1907). Mas o Brasil também se envolveu, tanto voluntariamente como involuntariamente, em alguns casos paradigmáticos na região, como na expulsão de Cuba da OEA devido ao apoio da ilha a movimentos guerrilheiros em países vizinhos. Mais ainda, o Brasil também participou da intervenção armada dos EUA na República Dominicana (1965) e, recentemente, no caso da missão de estabilização da ONU no Haiti (Minustah), que alguns consideram uma interferência. Finalmente, iniciativas deplomáticas recentes do Brasil em direção a países pobres têm sido identificadas ao conceito de ‘não-indiferença’, considerado um complemento inverso ao princípio de não-intervenção. Uma avaliação final é que a não-intervenção pode ser um conceito jurídico, mas seu uso efetivo tem sido seletivo e altamente politico.
Palavras chave: Não-intervenção. Brasil. Assuntos Inter-Americanos. Soberania.

segunda-feira, março 01, 2010

568) Avanços do Estatismo no Brasil

Refúgio dos ricos
Miriam Leitão
O GLOBO, 28.02.2010

Dos empréstimos concedidos no ano passado pelo BNDES, as grandes empresas representaram 9,7% das operações e ficaram com 83% do dinheiro. Há casos espantosos, como o do frigorífico JBS Friboi, do qual o BNDES comprou 99,9% das debêntures emitidas. O maior desembolso foi para o projeto que tem contestação do TCU, mas que o governo resolveu manter assim mesmo: a refinaria Abreu e Lima.

O BNDES é um velho canal pelo qual o Brasil transfere dinheiro para a elite empresarial. O dinheiro é mais barato do que o custo pago pelo Tesouro por sua dívida, ou seja, é subsidiado.

Nunca antes na história desse BNDES houve tantas operações de grande volume para empresas grandes por motivos discutíveis.

Nesta crise, o banco voltou a ser hospital de empresas, um papel que havia sido renegado na década passada pelos prejuízos que provocou.

No começo do ano passado, logo após receber R$ 100 bilhões do Tesouro, o banco liberou R$ 2,4 bilhões para capitalizar a Sadia, para que a empresa fosse assumida pela Perdigão, formando a BR Foods. A Sadia estava em encrenca justamente por erros dos seus acionistas e administradores na especulação com o câmbio.

E, se não comprasse, o que aconteceria? Nada, a empresa acabaria sendo comprada por um preço mais baixo por qualquer concorrente interessado nos ativos.

O fato é que com operações assim, o que o BNDES preservou foi o patrimônio dos acionistas. Foi mais uma vez o refúgio dos ricos.

O caso do Friboi é espantoso.

Primeiro, porque é descarada a preferência pelo frigorífico e o financiamento total ao seu projeto de internacionalização.

A imprensa fala em R$ 7,5 bilhões aplicados pelo banco na empresa em dois anos. Até o presidente da Associação Brasileira de Frigoríficos, Péricles Salazar, em entrevista ao "Estado de S. Paulo", disse o seguinte: "O grande pecado do BNDES é o excesso. O país tem outras prioridades. Por que jogar tanto dinheiro numa empresa só?" O BNDES admitiu ter posto R$ 3,2 bilhões e mais R$ 2,5 bi no Bertin, comprado pelo JBS.

O Friboi tem quase 80% da sua receita fora do país. Na operação para a compra do Pilgrim's Pride, um frigorífico americano, a empresa lançou debêntures de R$ 3,4 bilhões, e o BNDES comprou 99,9%. A família Batista, dona da empresa, comprou meros 0,05%. Consultado, o JBS alegou que não tinha técnico disponível para responder às nossas perguntas.

Quando a Aracruz também se complicou com derivativos cambiais, a Votorantim a comprou por R$ 5,4 bilhões, mas o negócio só foi possível porque o BNDES fez um aporte de R$ 2,4 bilhões na VCP, 40% do valor do negócio, deixando assim a família Ermírio de Moraes e as famílias donas da Aracruz com seus patrimônios preservados e engordados. Essas operações de compra de ativos não geram emprego, muito menos a compra no exterior, como fez o JBS Friboi.

O dinheiro dado à Telemar para a compra da Brasil Telecom foi uma extravagância.

E, de novo, era um negócio que significava mais concentração e nenhum emprego.

Só duas das parcelas foram: R$ 2,6 bilhões, anunciada em 2008, e R$ 4,4 bilhões, em 2009. Consultada, a empresa disse que está em período de silêncio que antecede a divulgação de balanços.

O BNDES afirma que só participou com R$ 2,6 bilhões na compra pela Telemar da Brasil Telecom. No balanço de 2009, há R$ 4,2 bi em empréstimos para a Telemar e Brasil Telecom.

O pior empréstimo do BNDES foi para o frigorífico Independência, porque a operação de injeção de R$ 450 milhões no capital foi feita em novembro de 2008. Com esse capital, o banco ficou sócio do frigorífico, do qual 100% das ações pertenciam à família Russo. O banco subscreveu R$ 250 milhões de ações e em março faria outra operação de R$ 200 milhões, mas aí a empresa quebrou e entrou em recuperação judicial.

Hoje, vários bancos estão na Justiça, inclusive o JP Morgan, para tomar os bens de acionistas. O BNDES nos respondeu que encaminhou o assunto ao departamento jurídico. O que precisa ser explicado é como ele colocou tanto dinheiro num frigorífico às vésperas de quebrar.

O BNDES montou também uma acrobacia fiscal para tentar garantir a aparência de cumprimento do superávit primário. Transferiu R$ 3,5 bilhões para o Tesouro comprando dividendos da Eletrobrás.

Tradicional financiador de projetos de longo prazo, o banco hoje em muitas operações se distancia desse perfil. Virou sócio de empresas com dificuldades e, além disso, empresta recursos para as mesmas empresas das quais é sócio. Faz operações de alto risco, como a do Frigorífico Independência, e participa de manobras fiscais para edulcorar as contas públicas.

Para as pequenas empresas, o banco destinou 5% do capital; para as micro, 4%; e para as médias, 7%. Pessoa física ficou com 1%. O resto, 83%, foi para as grandes, que são apenas 9,7% das operações.

No site da instituição, está registrado que os maiores empréstimos foram para a Refinaria Abreu e Lima, R$ 10 bilhões; Petrobras, com outros R$ 10 bilhões; alguns grandes projetos como Santo Antônio; Jirau; e grandes empresas mesmo estrangeiras como General Motors. No ano passado, na área industrial, o JBS está como a maior operação, com R$ 3,5 bilhões a título de "internacionalização da empresa". A segunda é de compra de ações da BR Foods, de "até" R$ 1 bilhão.

E houve várias operações apenas de concessão de capital de giro, como a de R$ 200 milhões para a Camargo Corrêa, mesmo valor destinado à Positivo Informática.

Para as Lojas Americanas, R$ 150 milhões; para a TIM, duas operações de R$ 200 milhões cada. Capital de giro não costuma ser financiamento de longo prazo.

Digamos que tudo isso foi feito numa ação anticíclica.

E agora que a crise passou? O BNDES vai manter o mesmo tipo de atuação?

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Estatais? Para que?
SUELY CALDAS
ESTADO DE SÃO PAULO - 28/02/10

O socorro financeiro de governos de países ricos a grandes bancos afetados pela crise animou integrantes do PT e do governo Lula a tirarem do baú convicções que foram forçados a esconder por 20 anos com a derrota do velho socialismo e a queda do Muro de Berlim. Com a euforia de quem passou esse tempo na retranca e agora vai à forra, a ministra Dilma Rousseff e o assessor especial de Lula Marco Aurélio Garcia condenaram a economia de mercado e aproveitaram para defender e justificar a presença forte do Estado na economia. Dilma chegou a afirmar que a ideia de livre mercado está fora de moda.

No afã de partir para o ataque, os dois esqueceram de criticar o que merece ser criticado e corrigido e se destrambelharam em análises apressadas e inadequadas. Onde o socorro financeiro ocorreu - EUA, Europa e Japão - não se cogita abrir mão da economia de mercado, e propostas na direção de estatizar os bancos que receberam socorro foram rejeitadas pelos governantes.

Nessa crise, erraram os bancos centrais, o BIS, que os supervisiona, o Fundo Monetário Internacional, o Banco Mundial e as agências de risco - que não regularam, não fiscalizaram, não anteviram nem preveniram a crise. Essa cadeia de omissões, aliada à ganância por lucro elevado e rápido, incentivou executivos financeiros a fazerem apostas erradas e milionárias, num jogo especulativo e irresponsável com dinheiro alheio, que acabaram por criar uma situação de quebradeiras em série, em que os governos tiveram de intervir para evitar o pior.

Menos do que o tamanho da crise recomenda, governos e bancos centrais buscam agora corrigir seus erros submetendo o mercado a regras de regulação e fiscalização. Isso, sim, merece ser duramente criticado e corrigido e os especuladores, julgados. Não ensejar o ingênuo e ultrapassado desejo de recuperar para o Estado o papel de empresário - modelo derrotado nos países da União Soviética e do Leste Europeu e que só sobreviveu com a população silenciada, sem liberdade, sem direito a votar nem opinar. Modelo que atrofiou a economia, não produziu riquezas nem novas tecnologias. Nele, a população estava condenada à pobreza, os salários eram baixíssimos, não havia previdência para os idosos nem direitos trabalhistas para os trabalhadores.

Quando Nikita Kruchev e depois Mikhail Gorbachev começaram a destampar e remexer seu conteúdo, dessa panela transbordou o que ficou escondido por décadas: milhares de opositores assassinados, corrupção disseminada entre governantes e burocratas, gestões medíocres e incompetentes, empresas paralisadas e acomodadas, tecnologia primitiva, pobreza espalhada pela população e um gigante e rico poderio bélico-militar a sustentar a guerra fria.

No Brasil, empresas estatais foram criadas em dois momentos. Por Getúlio Vargas, a partir da década de 40, com Vale, Petrobrás e CSN. Foi o que deu impulso à industrialização - o que, na época, seria quase impossível fazer sem a participação do Estado. Juscelino Kubitschek acelerou a industrialização atraindo empresas privadas estrangeiras. Hoje reverenciado à esquerda e à direita, na época foi xingado de entreguista.

Num segundo momento, as estatais ganharam espaço e musculatura com a ditadura militar de 1964. Telebrás, Siderbrás, subsidiárias da Petrobrás, Eletrobrás vitaminada, bancos estaduais, enfim, centenas de estatais criadas pelos generais ditadores, num modelo típico de capitalismo de Estado, uma vez que defensores do socialismo eram reprimidos, presos e torturados.

A quem serviram as estatais? Hoje, com o distanciamento do tempo e centenas de casos conhecidos de corrupção, escândalos financeiros e uso político, é possível dizer que as estatais serviram muito mais a presidentes, governadores, prefeitos, deputados, senadores e seus amigos do que aos brasileiros.

As distribuidoras de energia elétrica e os bancos estaduais eram descaradamente usados como caixa de governadores para financiar campanhas eleitorais. O setor elétrico (Eletrobrás e subsidiárias) foi por anos feudo do senador baiano Antonio Carlos Magalhães, transferido depois para o senador José Sarney. A Telebrás e as telefônicas estaduais eram inchadas de apadrinhados, prestavam favores aos políticos, enquanto a população mendigava uma linha telefônica, que custava R$ 5 mil.

Pois agora, com todo esse lamentável histórico, em vez de um programa de governo para a banda larga, Lula e Dilma querem ressuscitar a Telebrás e criar uma nova estatal de fertilizantes. Para quê?

sábado, janeiro 30, 2010

567) Breve definicao de liberalismo economico

O que vai transcrito abaixo é da pluma de um economista consultor, Marco Aurélio Garcia -- não confundir, absolutamente, com o assessor presidencial do mesmo nome, mas que não é economista, nem, obviamente, um liberal -- que participava de um debate sobre políticas econômicas no blog do jornalista econômico José Paulo Kupfer, do Estadão, em torno da política monetária do BC e da decisão do Copom de manter a taxa de juros estável, em 28.01.2010, mas com viés de provável alta nos próximos meses.

O Liberalismo Econômico
29/01/2010 - 19:12
Enviado por: Marco Aurélio Garcia

Constantemente acadêmicos utilizam o condenável método de definir pensamentos contrários de acordo com seus interesses. Conceituam liberalismo e neoliberalismo de modo diferente, mas mantêm os mesmos autores como pensadores, Adam Smith (clássico, pai do liberalismo), Friedrich August Von Hayek (austríaco radicado nos USA), Milton Friedman (escola de Chicago). Não consideram que as bases dos pensamentos subsistem (são as mesmas), adequando-se à evolução dos tempos, mas não mudam no essencial. Os limites práticos de aplicação ao mundo real é que divergem (quanto de regulação, etc.).
O Liberalismo pode ser definido como uma doutrina ou corrente de pensamento que defende a liberdade individual (os direitos individuais e civis), a livre iniciativa, o governo democrático (baseado no livre consentimento dos governados e estabelecido com base em eleições livres), a liberdade de expressão, a defesa da concorrência, instituições que obedeçam a lei igual para todos, a transparência, o lucro e o direito de propriedade. O liberalismo nasceu combatendo o direito divino dos reis (e a hereditariedade dos governantes), os privilégios da corte, dos militares e o sistema de religião oficial.
Os liberais acreditam que substituir a ordem natural, espontânea e complexa dos mercados (infinitos interesses pessoais) pelas limitações do planejamento centralizado, dirigido por burocratas de governos (totalitários e autocráticos, onde a corrupção é facilitada), é o caminho do empobrecimento. O pensamento liberal defende e aceita um poder normativo (mais normas e menos poder discricionário de autoridades) e defensor da concorrência e dos interesses dos consumidores (não existe Liberalismo sem concorrência).
RESUMINDO: A MENOR PRESENÇA ESTATAL POSSÍVEL, A MAIOR QUANDO NECESSÁRIA.

O Capitalismo é a economia de livre mercado. O liberalismo é a forma mais evoluída do capitalismo (a menor presença estatal possível). O Capitalismo de estado é uma variante que facilita a corrupção e agrega muito dos pontos negativos do comunismo. O Lucro e a Propriedade Privada são os pilares motivadores da produção e do crescimento econômico. Para que a propriedade privada e o lucro aconteçam é necessário que a economia seja livre. Por isso, o Capitalismo é também chamado de economia liberal ou de livre mercado. O governo intervém para buscar o Bem Comum e evitar desequilíbrios entre os agentes econômicos (através de leis e órgãos reguladores).
A poupança nacional é individual e gerida individualmente. As empresas, para conseguir o lucro e a sobrevivência procuram produzir de acordo com as necessidades e os desejos dos consumidores. Os preços são livres. Utiliza os talentos existentes na população para produzir e dirigir. Em tese utiliza todos os cérebros existentes nos países. Os proprietários, buscando o lucro, buscam também os melhores dirigentes e ganhos constantes de produtividade (desenvolvimento e melhoria contínua é o caminho para a Sobrevivência).
Ao contrário do que escrevem, Milton Friedman defendia a normatização, sabedor que a falta de regras do jogo é o retorno à barbárie. Inclusive em seu livro “Capitalismo e Liberdade” escreve um capítulo cujo título é: “O governo como legislador e árbitro”, e outro “Normas em vez de autoridades”.
É populismo, demagogia ou ignorância escreverem que o capitalismo (ou o liberalismo) prega a eliminação da regulação (alguns chegam a escrever a total eliminação da regulação). O que o liberalismo prega é a redução do poder discricionário dos governantes, é a obediência de todos às regras pré-estabelecidas (enfim regras do jogo estabelecidas e que defendam a concorrência).